Fini le casino !

Rumeur, régulation imparfaite et complicité passive ont dénaturé la Bourse de Casablanca. Des dysfonctionnements qu’il s’agit de réparer au plus vite.

Les péripéties qu’a connues lemarché boursier au cours des deux dernières semaines ont mis fin à une parenthèse de cinq ans durant laquelle l’euphorie de la croissance a masqué la fragilité du système.Cinq ans qui ont ancré dans les esprits l’idée d’une Bourse casino où les seuls perdants sont ceux qui ne jouent pas.

Aujourd’hui, rares sont les particuliers – 40%de la capitalisation boursière – qui jouent encore. La confiance est érodée. Pourtant, l’arsenal législatif est assez fourni, les garde-fous suffisamment solides et les produits – heureusement en l’occurrence – encore peu sophistiqués. Mais le problème est ailleurs.

C’est celui d’un marché qui n’obéit à aucune logique économique.Alors que les résultats semestriels des sociétés cotées dépassent, pour la plupart, les prévisions, les cours chutent.La cause ?Des boursicoteurs conseillés par un réseau bancaire dont les chargés de clientèle n’ont aucune culture boursière et ne suivent pas l’actualité dumarché, et des sociétés de Bourse qui produisent demoins enmoins de notes de recherche, et/ou dont les recommandations concernant les valeurs sont trop contradictoires.

Résultat, la rumeur fait loi,alorsqu’ailleurs elle ne constitue que l’un des facteurs qui influent sur lemarché. Le problème est celui d’une place où la complicité passive est devenue la règle.Des pratiques à la limite de la déontologie,que le corporatisme empêche de dénoncer, et des introductions enBourse à des cours surévalués pour lesquels personne ne réagit ou le fait à posteriori, et pour des motivations tout autres.

Combien de fois at- on vu une société de Bourse se prononcer publiquement, arguments à l’appui, sur la valorisation d’une future recrue à la cote ? Celles qui sont dans le syndicat de placement avalisent le gonflement et les autres se taisent, pour ne pas gêner une opération conduite par des confrères. Enfin, le problème est celui de la régulation. A quoi sert d’avoir un programme de rachat d’actions si l’on ne peut pas agir très vite et au moment opportun, et si les bornes inférieure et supérieure sont lesmêmes, à l’achat ou à la vente ?

Aquoi sert d’avoir supprimé l’abattement fiscal sur les plusvalues, autrefois accordé quand on conservait le titre dans une optique de moyen terme ? Est-ce pour faire des assureurs des spéculateurs d’un jour, suivis en masse par des petits porteurs moutonniers ? Il y a manifestement des erreurs à corriger et une culture pédagogique de la Bourse à installer.

Le jeu en vaut la chandelle car, en dépit de tout cela, on peut dire de la place de Casablanca qu’elle reste unmarché relativement sain.Un marché d’avenir.