Fiction turque…

Véritable séisme que celui qui secoue depuis quelques jours la Turquie où le parti au pouvoir, l’AKP, se trouve éclaboussé par des scandales de corruption à  la chaîne dans lesquels sont impliqués des ministres et des élus «islamistes».

Véritable séisme que celui qui secoue depuis quelques jours la Turquie où le parti au pouvoir, l’AKP, se trouve éclaboussé par des scandales de corruption à la chaîne dans lesquels sont impliqués des ministres et des élus «islamistes». Certes, de tels scandales se produisent tous les jours dans tous les pays du monde, à commencer par les plus développés. Mais le cas de la Turquie est particulièrement intéressant tant le pays d’Atatürk défraie la chronique ces dernières années comme étant un exemple réussi en matière de mariage entre la démocratie à l’occidentale, la religion et le développement économique. 

Depuis des années maintenant, et surtout depuis l’arrivée de l’AKP aux commandes, la Turquie n’a cessé de monter au firmament en tant que modèle de bonne gouvernance et de développement réussi à tel point qu’elle a pu s’imposer comme candidat sérieux à l’entrée dans l’Union européenne. Ankara a même eu droit au statut d’interlocuteur incontournable des grandes puissances dans la région en matière de géopolitique. En fait, tout cela est le fruit, ni plus ni moins, d’une véritable stratégie de marketing d’Etat. Une discipline où malheureusement le Maroc n’a pas toujours excellé, ce que nos partenaires européens, entre autres, ne cessent de répéter.
Le deuxième enseignement intéressant de la débâcle de l’AKP turc est que la couverture religieuse n’est pas du tout une garantie de l’intégrité. Un parti qui se prévaut d’un référentiel religieux, islamique par exemple, n’est pas immunisé, au même titre que les autres partis, contre les dérapages dus à la cupidité humaine. C’est bon à savoir pour nous autres électeurs. 

La troisième leçon, et non des moindres, nous renvoie, elle, à des propos tenus dans ces colonnes mêmes il y a quelques jours quant au débat soulevé par le classement mondial annuel de Transparency sur la perception de la corruption. En 2007, la Turquie était classée au 77e rang puis au 61e en 2011, avant de passer au 54e en 2012, puis au 53e rang dans le classement de cette année. Un classement dans lequel le Maroc figurait au 91e rang pour rappel. Voilà donc, en façade, un pays, en l’occurrence la Turquie, qui, à en croire le fameux index, devient d’année en année un modèle en matière de corruption. Mais là, on est dans de la perception. La réalité est tout autre. Et cette réalité, que les Turcs découvrent aujourd’hui choqués, est que, contrairement à ce que pensaient certains, la corruption dans leur pays est de loin plus endémique y compris parmi les membres du gouvernement affiliés à l’AKP. Visiblement, nos amis de Transparency devraient sérieusement et d’urgence revoir leur bidule qu’ils appellent le CPI…