Faut-il s’inquiéter de la baisse de l’emploi féminin

Depuis des années, l’ensemble des indicateurs sur l’accès des femmes au marché du travail est sur une tendance baissière. Poids de la société, régression des mentalités, changement des priorités de la gent féminine… Quels seraient donc les facteurs qui expliquent cette baisse ?

A froid, certains statisticiens mettent en avant le facteur démographique pour expliquer cette tendance. Ce facteur, corrélé à une faible création d’emplois, fait mécaniquement baisser les indicateurs de l’emploi, qu’il soit masculin ou féminin. Quelques chiffres : quand l’économie génère 112 000 emplois par an et que 400 000 personnes en âge d’activité arrivent chaque année sur le marché du travail, l’équation est difficile à résoudre. L’argument des experts en démographie apporte peut-être une partie de la réponse. Mais il ne saurait expliquer le gap important entre les taux d’emploi des hommes et celui des femmes, respectivement de 65% et 19%, soit 46 points d’écart, selon de récentes données. Aussi, sur les 112 000 emplois créés, seuls 27 000 profitent aux femmes, traduisant l’éternel problème des inégalités genre dans le monde du travail.

Pour approfondir la question, le HCP avait sondé des femmes qui se trouvent en dehors du marché de l’emploi dans le cadre d’une enquête nationale sur le travail. La question posée peut être résumée ainsi : Si l’opportunité de travailler venait à se présenter, quelle serait votre décision ? Les réponses sont riches en enseignements.

Près de la moitié des femmes en dehors du marché du travail (52,7%) évoquent, comme obstacle à l’accès au marché du travail, la nécessité de prendre soin des enfants ou du foyer. La proportion est la même, que ce soit dans le monde urbain ou rural. 8% citent le refus du mari et 3,6% d’un père ou d’un proche. Seules 18% parlent d’un choix personnel. Un tout petit pourcentage met en avant l’inexistence des opportunités de travail ou le manque de qualification (1,6%). Par ailleurs, la proportion des femmes qui ne travaillent pas pour s’occuper de la maison ou des enfants diminue au fur et à mesure que le niveau d’instruction augmente: 31% pour les niveaux supérieurs et le double pour les sans-diplôme.

Quand des politiques soutiennent publiquement que la place de la femme est auprès de son mari et de ses enfants, que certaines radios donnent la parole à des prédicateurs incitant les femmes à privilégier leur foyer à toute autre activité et qui les culpabilisent si elles choisissaient d’être autonomes, peut-on espérer un inversement du taux d’accès féminin au travail de sitôt ?