Et la vérité ?

Il faut dire la vérité aux gens : la tension sur les matières premières étant appelée à  durer, d’autres augmentations suivront.

L’ampleur démesurée donnée aux manifestations contre la hausse des prix et la manière dont le problème a été géré laissent pantois.

C’est un collectif hétéroclite qui a organisé les mouvements de protestation. L’on peut se demander pourquoi les associations des droits de l’homme ont participé à cet emballement. Le litre d’huile à 8 DH au lieu de 9 fait-il partie des droits de l’homme ? L’on peut aussi se demander pourquoi des partis siégeant au gouvernement et connaissant très bien la nature du problème et sa complexité ont apporté de l’eau au moulin des protestataires. On peut encore s’interroger sur les buts poursuivis par d’autres partis qui ont appuyé le mouvement. Quel est l’objectif des uns et des autres ? Seulement protester contre la hausse du coût de la vie ? En excitant les citoyens ?

Pour atténuer les hausses de prix, le gouvernement a supprimé certaines taxes et soutenu des produits à travers la Caisse de compensation. Un geste salutaire, quoique tardif. Mais le gouvernement a omis de dire que les prix de tous les produits qui ont augmenté sont libres, préférant caresser le citoyen dans le sens du poil en se défaussant sur la cupidité des commerçants et des intermédiaires – qui ne constituent qu’une infime partie du problème, en organisant une campagne de contrôle des prix, allant jusqu’à faire peser le pain vendu dans le commerce sous l’œil des caméras. Aucune loi ne fixe ni le prix du pain blanc ni son poids. Aucune loi ne fixe le prix du beurre, ni de l’huile, ni de la tomate, ni de la pomme de terre. Ce sont des produits libéralisés. La réalité est que le prix des intrants pour beaucoup de produits a augmenté, et pas seulement au Maroc. En conséquence, celui des produits finis s’est renchéri. L’Etat ne l’a pas dit et ce mensonge par omission est dangereux : on fait croire au citoyen qu’on le protège contre les commerçants qui le grugent et sa grogne s’intensifie. Il faut dire la vérité aux gens : la tension sur les matières premières étant appelée à durer, d’autres augmentations suivront. Il faut dire la vérité au lieu de faire un cadeau empoisonné au prochain gouvernement.

Enfin, on semble découvrir la hausse des prix et s’en indigner comme si c’était une nouveauté. Chaque Ramadan, les prix augmentent, mais la conjoncture actuelle a fait que la hausse a concerné plus de produits.

En un mot, le problème mérite un traitement responsable et citoyen. Mais, entre ceux qui allument le feu, ceux qui ne savent pas l’éteindre, et ceux qui crient que c’est la faute aux autres, il n’y a pas de quoi être fier pour le moment. A trop jouer avec le feu, on finit par se brûler.