Et la finalité ?

Il faut abandonner l’arabisation de l’enseignement. Le Maroc perd trop de ressources alors qu’il passe son temps
à  essayer d’en trouver.

Quelle est la finalité de l’éducation ? Ceux qui ont la fibre intellectuelle vous répondrons d’emblée qu’elle permet aux hommes d’accéder au savoir, de se cultiver, d’avoir en main des outils pour mieux naviguer dans le monde d’aujourd’hui. Les plus pragmatiques se borneront à une réponse simple : accéder au savoir pour pouvoir gagner son pain en travaillant ou en gérant son propre business. Les deux explications se valent, mais dans la réalité crue de tous les jours on étudie pour décrocher un diplôme et, in fine, un boulot.

C’est précisément là que le bât blesse. Quelle est la langue des affaires au Maroc ? Le français. Tout est en français, les correspondances, les chèques, les effets de commerce, les modules de formation, les conférences, les PV de réunion… Et quand on parle arabe, c’est la darija qui est de mise et non l’arabe classique.

Même l’administration, qui s’est mise à la correspondance en arabe depuis quelques années, ne peut occulter totalement l’usage du français. Le rapport Mc Kinsey ayant donné lieu au programme Emergence a bien entendu été réalisé en français, et toute décision de nature économique est d’abord conceptualisée dans une terminologie française avant d’être adaptée, pour les besoins de la communication officielle, à l’attention du Parlement ou de la télévision. Pour cela, plusieurs ministres du gouvernement Jettou ont dû prendre des cours d’arabe.

En bref, donc, le français est incontournable dans le monde du travail. Comment expliquer alors que nous n’arrivons pas à former des diplômés qui maîtrisent suffisamment cette langue ? Il faut le dire et le redire, nous souffrons d’un complexe, d’un amour-propre mal placé qui veut que notre enseignement soit arabisé. Au final, nous nous retrouvons avec des licenciés et des docteurs qui n’arrivent même pas à rédiger correctement un courrier ou une synthèse parce qu’ils ont juste acquis un vocabulaire, qu’ils n’ont pas pratiqué.

La langue est un moyen et non une fin en soi. Nous en avons fait une question de principe et nous en payons le prix avec des ressources techniquement compétentes mais inaptes à assumer des fonctions. Jusqu’à quand allons-nous persister dans cet aveuglement ? Jusqu’à quand refuserons-nous de voir que tout cela n’a de sens que par sa finalité, celle d’avoir des têtes bien faites, que ce soit l’arabe, le français ou même le chinois qui permettent d’y arriver. Il faut oser le faire, il faut du courage politique. Ne perdons plus de temps.