Epidermique

La protestation du Maroc par la voie diplomatique à  propos d’un indicateur statistique est démesurée. Manquons-nous de confiance en nous-mêmes à  ce point ?

A la fin de la décennie 90, à chaque fois que l’indice de perception de la corruption, élaboré par Transparency International, était publié, le Maroc officiel s’étranglait et protestait vivement à propos de sa position dans le classement parmi les nations. A raison, parfois, à tort d’autres fois, l’indice étant d’abord basé sur une évaluation subjective de l’étendue de la corruption dans un pays, par ses propres citoyens. Bien entendu les biais sont nombreux : personnes qui ne révèlent pas réellement ce qu’elles pensent, échantillon inadapté faute de mieux, on trouvera toujours à redire dans un indicateur, fût-il basé sur des chiffres.

Le temps a fait son œuvre. L’indice de perception de la corruption s’est banalisé et sa publication fait à peine l’objet de quelques dépêches assorties d’arguments d’un officiel expliquant le pourquoi de ceci ou cela.

Mais le Maroc s’est trouvé d’autres chevaux de bataille. La publication annuelle du rapport «Doing business» qui classe les pays selon le climat des affaires a de nouveau donné lieu à des protestations, très officielles, avant que l’on ne décide d’un bord, comme de l’autre, de se rencontrer pour voir ce qui a été omis ou pourquoi telle approche et pas une autre. La même attitude a été observée lors de la publication, par le Pnud, de l’indice de développement humain qui fait figurer le Maroc en bas du peloton. Aujourd’hui, la publication par une université d’un indice multidimensionnel de la pauvreté, que le Pnud s’apprête à reprendre dans ses publications, donne lieu non seulement à des protestations officielles mais, qui plus est, de la part du ministères des affaires étrangères ! Aussi critiquable que soit la démarche du Pnud, en ce domaine, la réaction, à un niveau diplomatique, du Maroc, laisse une sensation, désagréable, de fragilité. Certes, le Pnud est une institution spécialisée de l’ONU à laquelle le Maroc appartient, et c’est sans doute à ce titre que la réponse a été formulée. N’empêche ! la diplomatie, c’est pour les grands dossiers, pas pour des indicateurs statistiques, quelle que soit leur importance !

On comprendrait que le gouvernement adresse une lettre au Pnud demandant des explications et démontant la méthodologie ou la période de référence choisie. On comprend mal cette fébrilité et cette médiatisation à outrance dont le résultat est d’attirer l’attention du monde sur un obscur indicateur parmi des milliers d’autres. Comme le dirait Victor Hugo, «être contesté, c’est être constaté». Autrement dit, les bénéfices de la protestation, c’est celui contre lequel elle est formulée qui les ramasse.