Energie : une attitude passive

Bien qu’importateur net
de produits pétroliers, le Maroc ne donne pas l’impression d’être sérieusement affecté par la crise énergétique qui secoue le monde.

Le cours du pétrole a atteint un tel niveau – et ce n’est pas fini, à  en croire les experts – qu’il devient presque dérisoire de se limiter à  la seule gestion de l’offre par les mécanismes classiques de régulation du marché. Que l’on répercute la hausse sur les consommateurs ou que l’Etat, magnanime, continue d’en prendre en charge une bonne partie, à  travers le système de compensation, le résultat est le même : l’économie reçoit des coups, que ce soit par les surcoûts que subissent les utilisateurs, dans le premier cas, ou par la dégradation des finances publiques dans le second.

La situation est aujourd’hui telle en effet qu’il devient urgent d’agir dans deux directions complémentaires : multiplier l’offre (et non plus gérer l’offre) en encourageant les énergies renouvelables, d’une part, et mettre en place des programmes incitatifs de maà®trise de l’énergie. Il ne s’agit pas de réinventer la roue, c’est ce que font nombre de pays, y compris les plus développés comme la France. Dans le cadre de sa politique d’innovation industrielle, Jacques Chirac vient de lancer deux importants projets dans le domaine de l’énergie : création d’une bioraffinerie capable de transformer des céréales en produits chimiques et mise en place d’un programme de réduction de 20 % de la consommation d’énergie des bâtiments (en agissant sur l’éclairage, le chauffage et la ventilation, notamment). Pourtant, la France ne dépend pas totalement des énergies fossiles, puisque le gros de sa consommation électrique provient du nucléaire.

Bien qu’importateur net de produits pétroliers, le Maroc, lui, ne donne pas l’impression d’être sérieusement affecté par la crise énergétique qui secoue le monde. Il l’est bien, pourtant, et le recours à  des expédients, comme le soutien des prix, ne fait, dans le meilleur des cas, que différer les problèmes. Si des efforts ont été déployés en matière d’énergies alternatives, comme l’éolien, beaucoup et même tout reste à  faire dans le solaire, la biomasse, et surtout le gaz naturel (dans le sens de son utilisation à  grande échelle dans l’industrie). Quant à  la maà®trise de l’énergie, les rares personnes qui tentent de la promouvoir ont souvent l’impression de prêcher dans le désert. Car, sous nos latitudes, la gestion de la demande est un concept encore inconnu, ou peut-être méconnu, les pouvoirs publics gagneraient à  y réfléchir, et vite !