En toute transparence

En acceptant de dialoguer
au sujet des accusations
de torture, d’enquêter et de punir les contrevenants, l’Etat fait preuve aujourd’hui d’une grande maturité.

L’information est de taille. Coup sur coup, l’Etat va ouvrir des enquêtes sur les «allégations» de torture, mettre en place une cellule qui sera l’interlocuteur du Conseil consultatif des droits de l’Homme (CCDH) et, cerise sur le gâteau, se doter d’une loi qui définira de manière précise la torture et la criminalisera.
Des cas de torture au Maroc ? Le citoyen avait tellement pris l’habitude d’entendre le discours officiel marteler la classique litanie dénégatrice qu’il avait fini par douter de la crédibilité du message officiel. Une crédibilité d’autant mise à mal que les ouvrages publiés par les prisonniers des années de plomb étaient librement vendus et fourmillaient de détails sur des pratiques inavouées. Même le rapport du très officiel CCDH s’est récemment inquiété des dépassements qui se seraient produits lors des arrestations et enquêtes ayant suivi les attentats du 16 mai.
Des dépassements qu’il reste toutefois à prouver. Des dépassements qui n’auraient rien d’anormal dans la vie d’un pays et surtout dans le contexte particulier d’une lutte contre le terrorisme, si tant est que les arrestations et les interrogatoires sont menés par des hommes, donc faillibles, et non par des machines. Des dépassements qui n’en sont pas moins répréhensibles au regard de l’intention affichée de l’Etat d’adhérer aux valeurs universelles des droits de l’Homme.
Il fallait bien, un jour, crever l’abcès. Il fallait bien se pencher sur ces accusations de torture, il fallait surtout arrêter cette fuite en avant qui nous aurait valu, dans 10 ou 20 ans, une nouvelle vague d’indemnisations et de réparations, dans le cas éventuel où les accusations de torture se seraient révélées être fondées.
Aujourd’hui, l’Etat normalise. Il accepte de dialoguer à ce sujet, d’enquêter et de punir les contrevenants en se dotant d’un arsenal législatif adéquat. Au vu de la définition avant-gardiste donnée par le projet de loi à la notion de torture, les dépassements ne disparaîtront pas du jour au lendemain, mais, au moins, il y a aura une loi pour trancher en la matière.
En adoptant une démarche proactive, en lieu et place de la politique de l’autruche qui faisait de lui un complice passif, l’Etat fait preuve, aujourd’hui, d’une grande maturité