En attendant le grand match…

L’incident de cette semaine avec l’Europe est une excellente séance d’échauffement pour l’autre grand match qui nous attend. L’accord agricole est conclu et le Maroc est en train de négocier les services et un accord complet et approfondi (ALECA). Le plus dur est à  venir.

La première règle du jeu de l’Europe est qu’il n’y a aucune règle du jeu figée, inamovible. Une situation n’est jamais acquise ad vitam aeternam. C’est visiblement le premier enseignement que les Marocains doivent tirer de cet épisode.
Le deuxième enseignement est que face à une machine aussi compliquée, complexe et surtout aussi imprévue que l’Union européenne, le Maroc n’a d’autre choix que de développer des outils de veille implacables.
Ce qui s’est passé cette semaine est de bon augure. Dans le passé, on se réveillait souvent à la veille du cataclysme si ce n’est le jour même. C’est-à-dire trop tard. Cette fois, en revanche, le dispositif marocain d’alerte a bien réagi et à temps, d’autant plus que la décision n’était pas prévisible à l’avance car prise de manière impromptue.
Le troisième enseignement, enfin, est qu’en présence d’un partenaire de la taille de l’Europe des Vingt-sept, quand bien même il serait stratégique voire vital pour notre économie, le Maroc peut et doit se décomplexer en jouant d’égal à égal. Evidemment, il ne peut le faire que s’il a des cartes gagnantes en main. Et ce ne sont pas les atouts qui manquent au Maroc.
L’accord de pêche, les délocalisations stratégiques de centaines d’entreprises européennes au Maroc à la recherche de gain de compétitivité, les marchés importants sur lesquels elles se positionnent, sans parler du fait que le Maroc constitue un débouché pour bon nombre de produits européens ni, enfin, du rôle qu’il joue en tant que pays partenaire dans des problématiques cruciales pour l’Europe telles que l’émigration clandestine, la sécurité, la lutte contre les trafics de tous genres… Tout cela doit peser dans la balance dans l’immédiat pour régler le problème résultant de la dernière décision mais surtout à l’avenir. Avec les accords de nouvelles générations qui nous lieront avec l’Europe, le Maroc a accepté délibérément le challenge d’entrer sur une aire de jeu qu’il connaissait d’avance plus contraignante mais valorisante pour notre économie. C’est tout à son honneur. L’administration marocaine et les opérateurs privés doivent donc s’outiller davantage pour maîtriser les dossiers et pouvoir bien défendre nos positions.
Car demain, avec l’ouverture du marché des services, on risque de voir débarquer au Maroc des assureurs européens, des banques, des entreprises de distribution, des transporteurs, des promoteurs immobiliers et des opérateurs de tous genres dans le tertiaire qui pèse lourd dans notre économie.
C’est cela le vrai grand match qui nous attend…