En attendant le bus…

Il faut dépassionner le débat sur le code de la route en abandonnant le dogme de
sa nécessaire adoption à 
la session de printemps.

Encore une fois, le pays est pris en otage ! Pas de transport public, pas d’approvisionnement en denrées alimentaires, en carburant, en matières premières et une économie immobilisée. A l’heure où nous mettions sous presse, il n’était pas dit que le mouvement allait cesser rapidement. On était même sûr qu’il y aurait récidive. Les chauffeurs de taxis et de poids lourds se sont donné le mot, en dépit de l’appel à la négociation, pour obtenir le retrait du Parlement du projet de code de la route et l’annulation de la circulaire provisoire mettant en application certaines des dispositions du code pour tenter d’arrêter l’hécatombe des accidents de la circulation.

Les chiffres font peur : 3 622 morts en 2006, 80 000 blessés, autant qu’en France avec ses 60 millions d’habitants et cinq fois plus de véhicules. Mais les chauffeurs ont d’autres soucis. Ce qui les préoccupe, c’est leur pain quotidien. Ce qui les «travaille», c’est la perspective de payer des amendes élevées ou une tadouira plus conséquente, en plus des redevances de location d’agrément et des charges d’exploitation du véhicule qu’ils louent. Ils ne sont sensibles ni à la professionnalisation de leur métier, ni à la protection que leur apporte le projet de code. Il faut dire que personne ne leur a expliqué pédagogiquement ce texte, pas plus les associations organisées que le gouvernement, qui ont sous-estimé leur poids. Alors, ils veulent rester dans l’informel. Théoriquement, aucun pays au monde, nous en convenons, n’accepterait un tel état de fait. Mais, dans la pratique, il faut s’adapter.

Cette lame de fond, parce que c’en est bien une, appelle deux traitements. Le premier consiste à considérer que les intérêts économiques et sociaux du pays ne peuvent souffrir un arrêt prolongé. Auquel cas, la prudence recommande de plier devant la puissance de la contestation. Il n’y aurait aucune honte à cela, tout est question d’équilibre, on retire le projet du code de la route du Parlement et on recommence à zéro.

La deuxième option consiste à aller jusqu’au bout de la logique, se dire que l’Etat de droit doit prévaloir, que les institutions doivent être respectées, et qu’il y a un Parlement pour faire entendre sa voix. Auquel cas, la posture actuelle, qui consiste à faire de l’adoption du projet à la session de printemps un dogme ne peut que déboucher sur des grèves à répétition. Mieux vaut dépassionner le débat et laisser aux parties prenantes le temps de proposer leurs amendements, quitte à ce que l’adoption du texte soit reportée à une prochaine législature. De la sorte, la crédibilité de l’Etat restera intacte, la vox populi se sera fait entendre et l’économie pourra enfin fonctionner.