Emergence vs renaissance

Quand, en 2004, les premiers jalons étaient posés pour faire monter des industries nouvelles, l’un des principaux objectifs était de positionner le Maroc sur la carte mondiale de secteurs où la commande et la demande allaient devenir importantes comme l’automobile, l’offshoring et l’aéronautique, entre autres exemples. L’autre objectif, souvent resté inaperçu, était de permettre à l’industrie marocaine de ne plus rester tributaire de quelques secteurs et donc d’être exposée à des secousses mondiales.

Du coup, l’appellation Emergence était tout trouvée parce que les secteurs ciblés dans le plan sont quasiment tous des métiers nouveaux.
Le plan a fait son chemin et, d’amélioration en amélioration, l’on se retrouve aujourd’hui avec des industries fortes qui positionnent le Maroc sur la carte mondiale, lui procurent des revenus consistants et, évidemment, créent de la valeur locale et des emplois, puisque c’est là la finalité. Mais, en cours de route, qu’a-t-on fait des métiers classiques, ces industries, grandes ou petites, qui existaient déjà, qui employaient et dont certaines ont fini par disparaître ? Alors que, paradoxalement, beaucoup de ces industries concernaient des produits de grande consommation.

Comment peut-on expliquer que le Maroc importe aujourd’hui un million de téléviseurs au moment où une entreprise marocaine n’arrive pas à prendre des parts de son marché domestique face à des produits qui viennent de très loin ? On ne peut que s’étonner quand on examine dans le détail la liste de ce qu’importe le Maroc chaque année par millions: des stylos, des lampes électriques, des appareils électroménagers basiques, des cahiers, des couches pour bébés, des verres, de la lessive, des détergents, de l’habillement et bien d’autres articles de la vie courante que les industriels marocains peuvent pourtant bien usiner localement. En quelques années seulement, le Maroc a réussi, certes à travers une stratégie sectorielle très volontariste, à figurer en bonne place sur les listes de fournisseurs des grands donneurs d’ordre dans les secteurs de pointe. En toute logique, il devrait pouvoir le faire plus facilement pour des métiers où il y a déjà un premier noyau de savoir-faire. Cela est d’autant plus facile qu’il n’est pas, là, question d’aller se mesurer aux compétiteurs mondiaux sur des marchés étrangers mais de fabriquer et de vendre sur le marché immédiat local. Il est difficilement concevable et encore moins défendable, par exemple, que nos milliers d’usines de confection qui arrivent, pourtant, à battre les concurrents sur le marché européen très disputé ont du mal à s’imposer sur leur propre marché, marocain, très juteux par ailleurs.

Tout n’est pas perdu bien entendu et la renaissance de l’industrie marocaine est largement dans nos cordes. Encore faudrait-il le vouloir vraiment…