Elus, où êtes-vous ?

Faut-il en venir à  créer une agence spéciale pour Casablanca, dont les responsables seraient nommés plutôt qu’élus, pour que nos routes ressemblent à  celles que l’on refait en un tour de main en vue d’une visite royale ?

Le contraste est saisissant. D’un côté, nos 1 416 km d’autoroute, notre projet de TGV, notre méga port de Tanger Med, nos stades de football nouvelle génération, nos parcs offshore, nos zones franches et nos plateformes industrielles intégrées. De l’autre, la capitale économique du Royaume, la supposée vitrine du Maroc moderne, avec ses 3,5 millions d’habitants, ses centaines de milliers d’automobilistes et ses millions de trous dans la chaussée. Est-il possible d’ester en justice le Conseil de la ville au motif de dégradation de l’état de son véhicule causée par une voie mal entretenue ? Certainement et l’on devrait déposer une plainte collective tant le ras-le-bol est généralisé.

Honteux ! Honteux qu’une ville comme Casablanca soit dans cet état alors même qu’elle dispose d’un excédent budgétaire. Bien sûr, les arguments ne manquent pas. On vous parlera du chantier du tramway qui dégrade la chaussée, on vous ressortira ce blocage politique que connaît le Conseil de la ville depuis près de deux ans, on vous rétorquera que la ville est trop grande et les ressources humaines affectées à sa gestion insuffisantes. On tentera de justifier l’injustifiable, sous couvert d’une démocratie locale qui veut qu’après tout les personnes en charge des affaires de la cité ont bien été élues par ses citoyens. Mais avec quelle finalité ? Si le problème est dans l’architecture même du système de gouvernance locale, pourquoi alors les autres villes fonctionnant selon le même schéma ont des routes relativement bien entretenues ? Si le problème est dans les hommes, pourquoi ceux qui ont en charge la destinée de Casablanca seraient plus incompétents que les autres ?

Trop facile, même avec les travers du système, un minimum peut être fait et il ne l’est pas. Monsieur le maire, messieurs les élus, vous avez un mandat qui vous a été confié par les citoyens, vous avez une responsabilité morale envers 3,5 millions de personnes et vous ne l’assumez pas, ou, si c’est le cas, votre action est tellement effacée qu’elle a l’air de ne pas exister. La Ville de Casablanca ? C’est qui, c’est quoi, c’est quelle institution, quelle communication, quel plan d’action, quelle proximité avec les gens, quelle écoute des besoins ? Si c’est cela la démocratie locale alors on préfère avoir une dictature de l’administration centrale pourvu que ça marche.
Faut-il alors en venir à créer une Agence spéciale pour Casablanca, dont les responsables seraient nommés plutôt qu’élus, pour que nos routes ressemblent à celles que l’on refait en un tour de main en vue d’une visite royale ?