Elucubrations papales

Le Christ aurait sûrement renié ces Croisés qui, au nom du christianisme, ont répandu sang et terreur.
Le Prophète Mohammed aurait certainement voué aux enfers ces pseudo-martyrs perpétrant des crimes afin d’obtenir leur billet pour le paradis.

Après avoir jeté de l’huile sur le feu, en disant pis que pendre de la religion musulmane, Sa Sainteté le pape, pas si sain(t) que ça, Benoît XVI du nom, tente de s’en tirer par une pirouette, se disant désolé et prétendant benoîtement qu’il n’avait fait que citer l’empereur byzantin Manuel II sans souscrire explicitement à sa thèse. Benoît nous prendrait-il pour des benêts ?

Nous ne lui ferons pas l’injure de rappeler la pertinence d’une citation dans un argumentaire. Le brillant rhéteur qu’il est en sait plus qu’un bout sur ce chapitre. «Passage cité d’un auteur, d’un personnage célèbre, et donné comme tel (généralement pour illustrer ou appuyer ce que l’on avance)», voilà la définition de la citation proposée par le Petit Robert. Or à aucun moment (cf. les extraits de la conférence de Benoît XVI à l’université de Ratisbonne, publiés par le Monde du 17 et 18 septembre), il ne réfute les propos de Manuel II. S’il ne le fait pas, c’est qu’il y adhère pleinement.

Et que ressort-il des assertions de l’empereur ? Un réquisitoire insoutenable contre l’islam. Cette confession posséderait le travers de stimuler la violence, ses adeptes auraient le tort de mettre en veilleuse le logos (la raison). Accusations inadmissibles. L’islam ne saurait être consubstantiel à la violence. Et on peut en dire autant de toutes les religions révélées.

Le Christ lui-même aurait sûrement renié ces Croisés qui, au nom du christianisme, ont répandu sang et terreur, ou ces inquisiteurs qui condamnaient au bûcher des innocents pour la simple raison qu’ils ne partageaient pas leur foi, ou encore ces colons massacrant des Indiens tout en brandissant l’étendard chrétien. Le Prophète Mohammed aurait certainement voué aux enfers ces pseudo-martyrs perpétrant des crimes afin d’obtenir leur billet pour le paradis.

Quant à l’usage de la raison, les musulmans ne s’en font pas défaut. A preuve, les «mouâtazila», les penseurs comme Ibn Rochd, Ibn Tofaïl, Al Kindi ou les réformateurs actuels, qui examinent le Coran à la lumière de la raison. Toutes ces vérités, l’érudit Benoît XVI les maîtrise, mais feint de les ignorer. A se demander pour qui il roule dans sa papamobile…