Elites sataniques

La visite du président français au Maroc est un événement dont la portée positive ne fait pas de doute.

La visite du président français au Maroc est un événement dont la portée positive ne fait pas de doute. C’est d’abord un signe de confiance et un gage de sérieux pour notre pays à un moment où la région où nous sommes donne des cauchemars à l’Europe et aux pays développés de manière générale. Ensuite, pour parler concret et business, il y a les retombées en termes d’investissements, d’aides financières et d’appuis techniques et logistiques. Enfin, il faut relever aussi le changement depuis quelques années de l’attitude de la France vis-à-vis du Maroc et des entreprises marocaines : nous ne sommes plus dans une logique de délocalisation et de simple vente de main-d’œuvre mais d’accompagnement, de partenariat et d’échange d’expertise. Mais au lieu de tout cela, certains voient plus dans cette visite une occasion pour réveiller de vieux démons. Car il faut lire la presse cette semaine, et en particulier certains titres arabophones, pour voir le degré de sophistication dont font preuve certains esprits.

Selon la thèse défendue par ceux-là et pour résumer, le Maroc est présenté aujourd’hui comme étant un champ de bataille entre deux univers diamétralement opposés : une élite francophone et la masse arabophone. La première est systématiquement présentée comme étant synonyme d’anti-islam, de néocolonialisme, d’hégémonie et de mainmise sur l’économie du pays, de lobbying pour des forces extérieures et d’intelligence avec l’étranger et plus spécialement la France.

Cette élite francophile et francophone, plus que de faire de la résistance, constituerait aujourd’hui un véritable danger pour l’avenir du Maroc et pour son identité. Ce n’est pas nous qui le disons mais des documents et des rapports tout ce qu’il y a de scientifique et de crédible. C’est le cas d’un rapport rendu récemment public par un centre d’études et de recherches marocain travaillant, de surcroît, sous la houlette du gouvernement. Dans ce rapport, on découvre, entre autres conclusions, que l’élite francophone joue l’une de ses dernières cartes : la darija. Les chercheurs de ce centre affirment ainsi, c’est du moins ce que rapporte la presse arabophone, que cette montée récente du débat sur l’utilisation de la darija dans nos écoles et dans les médias n’est en fait qu’une manœuvre des francophones qui veulent, à travers la promotion de la darija, contrer l’arabe et les arabophones pour bien sûr garder leurs privilèges. Bref, à les entendre et à les lire, il faudrait brûler sur la place publique tout ce qui a une connotation francophone… Mais une fois l’élite francophone liquidée, il faudra aussi penser à éradiquer tous les autres «ennemis» potentiels de la nation : les Amazighs, les modernistes, les hommes d’affaires, les associations féminines…

La diversité et la pluralité ont toujours été les forces du Maroc. Et ce n’est pas en remontant les Marocains les uns contre les autres sur la base de clivages de langues, de religions, de pensées ou de mode de vie qu’on va le préserver. Bien au contraire !