Elite Bac+18

«Nous sommes des Bac+18, nous sommes l’élite de ce pays, tout le monde nous doit du respect»

Scène vécue cette semaine à la deuxième Chambre lors de la séance hebdomadaire des questions orales. Un vénérable conseiller était censé poser une question technique sur un sujet précis concernant le secteur des transports. Notre homme prend le micro et, à la surprise générale, au lieu de traiter du thème, il en profite pour tenir un discours virulent sur un tout autre sujet et à connotation politique, voire électoraliste, à l’encontre du gouvernement et de la majorité. Certes, il a le droit de critiquer et d’exprimer librement ses opinions mais pas dans ce contexte. Dans la minute qui suit, notre ministre ne s’est pas fait prier pour mettre lui aussi la casquette de son parti et de se lancer dans un long réquisitoire digne des élections. On a eu droit ainsi à une histoire où s’emmêlaient la nouvelle Constitution, le 20 Février (que vient-il faire là ?), les élections de 2009, celles de 2011…Bref, du grand n’importe quoi pour deux personnes, deux responsables, censés faire partie de l’élite.
Un autre fait eut lieu cette semaine aussi mais beaucoup moins médiatisé. Lors d’une rencontre à Casablanca, un illustre professionnel faisant partie d’un grand corps, qu’on ne citera pas pour le respect dû à ses confrères, a pris lui aussi le micro pour tenir des propos ahurissants devant un parterre de professionnels, de hauts responsables et de journalistes. «Nous sommes des Bac+18, nous sommes l’élite de ce pays, tout le monde nous doit du respect». Et pour lui, la première marque de respect c’est de ne pas être critiqué ni dénigré, même quand il est dans le tort… La voilà notre élite ou en tout cas une partie. Des individus qui n’ont pas le sens du dialogue, qui n’acceptent pas et ne supportent pas la critique, qui estiment qu’ils n’ont pas à se remettre en question.

Heureusement que la valeur ajoutée que chacun apporte à son pays, le respect dont on jouit, l’honnêteté, la dignité, la compétence, l’amour de la patrie, la citoyenneté des uns et des autres ne se mesurent pas au  nombre d’années que l’on a étudiées après le bac. Si cela était le cas, le Maroc n’aurait jamais eu les générations d’industriels, de hauts fonctionnaires, d’hommes d’affaires, d’intellectuels, de militants, d’hommes politiques et tant d’autres qui ont construit le Maroc d’aujourd’hui dont nous sommes tous fiers. Aujourd’hui encore d’autres générations ont pris le relais et d’autres le feront après. Beaucoup d’entre eux l’ont fait et le font dans la discrétion et surtout non pas grâce à leur bac+18 mais plus par la force de leur foi, leurs convictions, leur bon sens… Et tout cela ne relève pas de l’instruction mais de l’éducation.