Electrochoc…

Dans une classe d’école primaire au Maroc, 8 enfants sur 10 ne comprendraient strictement rien à ce qu’on leur enseigne !

Parmi tous les chiffres qu’on a pu entendre çà et là sur la qualité médiocre de notre école, ce dernier est probablement celui qui fait le plus froid au dos. Et c’est le ministre de l’éducation lui-même qui en aurait fait état de la manière la plus officielle et la plus anodine devant les parlementaires en travaux de commission, en se référant à des statistiques publiques.

Si ce chiffre se trouve confirmé, alors les termes alarmant, catastrophique seraient trop faibles pour qualifier la situation. Car avec 80% des enfants s’apprêtant à entrer au collège qui ne comprennent rien au contenu de leur apprentissage, après cinq (ou six) années de bons et loyaux cours, la partie est perdue d’avance. Comment peut-on aller plus loin dans des programmes plus compliqués si l’enfant n’a déjà pas pu assimiler des connaissances plus basiques ?

Avec un tel chiffre, la situation est plus que grave, on peut dire qu’elle est presque définitivement compromise pour les générations à venir. Or, face à l’urgence d’une telle ampleur, la réponse des pouvoirs publics a été de mettre en place, après plusieurs années de tergiversations, une réforme qui elle-même va se mettre en marche sur plusieurs générations et ne va pas commencer à produire ses fruits avant au moins dix ans. On comprend bien que réformer un système scolaire ne peut se faire que dans la durée. Mais les pouvoirs publics et les décideurs concernés ont aussi l’obligation de mettre en place des plans de sauvetage pour les urgences du moment.

Face à un accidenté grave, les médecins procèdent d’abord par priorité en commençant par réanimer, éviter le décès, l’arrêt cardiaque, stopper l’hémorragie pour ensuite penser à soigner et rétablir le blessé. Pour notre école, c’est exactement le cas aujourd’hui. Et ne rien faire pour les enfants aujourd’hui en primaire sous prétexte qu’une réforme est inévitablement progressive reviendrait à accepter de sacrifier, voire condamner ces jeunes qui dans dix ou quinze ans seulement arriveront sur le marché du travail désarmés, sans aucune chance. La suite, on peut la deviner. Ne rien faire pour eux aujourd’hui s’apparenterait littéralement à un délit de non-assistance à personne en danger, de surcroît de la part de l’Etat.

Si la situation ressemble réellement à celle décrite par le ministre, alors, ce n’est pas d’une réforme douce et progressive que notre école a besoin, mais d’un électrochoc, une rupture radicale, quels qu’en soient le prix et les sacrifices à consentir. Si on ne le fait pas, on peut être sûr que tout ce qui a été construit et consolidé au forceps s’écroulera dans quelques années…