Ecrans de fumée

Tant que le cannabis continuera à  être cultivé au Maroc, le problème des fonctionnaireS complices subsistera. Il faut une solution globale.

L’année 2009 aura incontestablement été celle de la crise économique. Elle risque fort d’être également celle des révélations concernant le nombre impressionnant de fonctionnaires liés au trafic de drogue. Pas un mois sans qu’un réseau soit démantelé et que les noms de responsables au sein de divers corps de métiers sécuritaires ou judiciaires ne soient cités au motif de complicité, corruption ou même rôle actif dans le commerce de la résine de cannabis.
La démarche est assurément nouvelle. Selon les déclarations faites à la presse, le Maroc compte aller jusqu’au bout, quel que soit le niveau hiérarchique, pour que ses fonctionnaires ne couvrent plus le trafic de drogue. Il se dit même que ce sont des instructions royales. Fort bien, fort bien.
Il reste toutefois un problème qui n’a pas été réglé et qui rend ces efforts vains. Des responsables seront punis aujourd’hui, d’autres prendront le relais demain. Pourquoi ? Pour la simple raison que là où une activité illicite existe, la construction de circuits de commercialisation parallèles nécessitera inévitablement des complicités payées au prix fort, celui de la tentation.
Tant que le cannabis continuera d’être cultivé au Maroc, le problème subsistera. Entre 2004 et 2008, la superficie des cultures abritant ce type de plantations à certes été réduite de  135 000 ha à 60 000, mais cet effort n’a servi qu’a circonscrire l’étendue des terres cultivées pour la ramener à un niveau jugé supportable, tolérable, car historiquement existant et accepté par l’Etat.
Dès lors la question est : que veut faire le Maroc de son cannabis ? Il est incohérent d’en tolérer la production et d’en réprimer les conséquences naturelles que sont la commercialisation, puis la consommation. La politique actuelle de lutte s’apparente davantage à une tentative de limiter les exportations de résine pour rester en bons termes avec le voisin européen, car sur le plan intérieur rien n’a changé. Des milliers de jeunes et de moins jeunes consomment toujours autant de joints avec les effets néfastes que cela induit. Lutter contre le cannabis  nécessite une stratégie globale : celle de l’alternative réaliste à la perte de revenus des producteurs, celle du renforcement de la lutte et de l’arsenal répressif contre les dealers -qui font souvent partie des grâciés et qui récidivent systématiquement- et enfin celle de la sensibilisation de la population et de l’arrêt de la vente hypocrite -parce que parfaitement légale- de papier à rouler, entre autres exemples.