Economie à deux vitesses

La dernière livraison du HCP sur le climat des affaires au Maroc laisse perplexes plus d’un.

L’enquête, très récente, puisque réalisée entre janvier et juillet de cette année, est tout ce qu’il y a de crédible. D’abord, elle est réalisée par un organisme reconnu pour son expertise en matière d’études, de sondages sur le terrain et de traitement de la donnée chiffrée, en l’occurrence le HCP. Elle est également crédible et renseigne sans aucun doute sur la réalité, puisqu’elle est basée sur une enquête auprès de 2 000 chefs d’entreprises, ce qui en fait un échantillon très large du tissu économique.
En résumé, l’enquête du HCP dresse un tableau plutôt mitigé, voire négatif par endroits, de la réalité quotidienne de l’entreprise et du climat des affaires de manière générale.
Les entreprises semblent se plaindre d’un environnement institutionnel contraignant, avec une mention spéciale pour le volet fiscal, y compris les relations avec le fisc, et pour l’administration publique de manière générale qualifiée par certains comme étant un obstacle à l’investissement et usant de procédures compliquées.
L’enquête du HCP pose un véritable problème, car elle vient en contradiction avec les données fournies par Doing Business, un classement réalisé chaque année par la Banque mondiale. La dernière édition du DB, 2020, dresse une évolution plutôt positive et très encourageante du climat des affaires au Maroc qui se classe désormais au 53e rang, alors qu’il pointait à la 128e place il y a tout juste neuf ans. Gagner 75 places en si peu de temps est en effet une performance spectaculaire. Et tout comme le travail du HCP, celui de la Banque mondiale est sérieux et crédible au vu de la qualité de ses auteurs et la solidité de sa méthodologie adossée à une batterie de critères pointus et éprouvée dans 190 pays.
En fait, les deux enquêtes ne sont pas contradictoires mais très complémentaires. Et ce n’est pas tout. Ensemble, ces deux travaux mettent en exergue la vraie et dure réalité du Maroc et de son économie à deux vitesses, voire plusieurs. L’enquête de la Banque mondiale est, en effet, exclusivement axée sur la ville de Casablanca comme étant la ville du business par excellence au Maroc. Celle du HCP, en revanche, a touché tout le territoire national. La contradiction flagrante des deux rapports est en fait la traduction au grand jour de la théorie du centre et de la périphérie. Si les entreprises sur l’axe Casablanca-Kénitra bénéficient de plus en plus d’un climat globalement encourageant, en régions et dans les confins du Maroc, la réalité est tout autre.
L’une des contraintes à laquelle la commission du nouveau modèle de développement devra répondre en urgence réside justement dans cet équilibre nécessaire entre les régions. Et ce qui a été réussi à Casablanca peut parfaitement être dupliqué ailleurs n
Saâd Benmansour