Du poulet au menu

Dans un pays où les cocottes-minute détruisent même les vitamines, où est le risque à  consommer du poulet ?

Quel est le point commun entre le secteur des assurances et la filière avicole ? Rien sinon le fait que les deux secteurs réalisent le même chiffre d’affaires annuel : 13 milliards de DH environ. A l’heure actuelle, la filière avicole subit de plein fouet les effets de la psychose liée à  la grippe aviaire, mais cela ne semble pas tellement préoccuper l’Etat. Imaginons que les mêmes déboires soient arrivés aux assurances. A coup sûr, la réaction aurait été autre. Normal, argueront les avertis, les assurances ont la lourde responsabilité de gérer une épargne publique. Mais la filière agricole, elle, emploie de manière directe et indirecte 236 000 personnes, soit autant que le textile. Elle mérite à  cet effet quelques égards, un report de paiement d’impôt, de charges sociales ou encore une baisse des droits de douane sur les intrants. L’aviculture mérite aussi et surtout un sursaut de la part des citoyens. La baisse de la demande est de 30 à  60% selon les régions et elle émane de l’ensemble de la population toutes catégories sociales confondues. Il est consternant de constater que nombre de personnes intellectuellement aptes à  appréhender le risque lié à  la grippe aviaire ont arrêté de consommer du poulet juste par précaution… «sait-on jamais…». Il est tout aussi navrant de voir des traiteurs déconseiller la volaille à  leurs clients ou des parents se laisser convaincre par leurs enfants de ne plus ramener de poulet à  la maison. De quoi parle-t-on aujourd’hui ? D’un virus qui n’existe pas à  l’heure actuelle au Maroc, d’une maladie qui affecte des oiseaux sauvages que les Marocains ne consomment pas, d’une possibilité de contamination des élevages quasi nulle étant donné que ces derniers sont confinés et, enfin, dans le pire des cas, d’un virus qui meurt à  une température de 60° C, dans un pays o๠les cocottes-minute détruisent même les vitamines. O๠est donc le risque à  consommer du poulet ? Dans nos têtes et ce sont 236 000 emplois et des milliers de PME qui sont menacés parce que «sait-on jamais». Une mobilisation en ce sens est nécessaire, elle implique aussi bien l’Etat que la société civile ou encore les médias. Expliquer le risque lié à  la grippe aviaire, celui découlant de la consommation du poulet… bref communiquer pour ne pas laisser la psychose détruire l’économie.