Donnant, donnant

A la faveur des discussions et débats habituels qui accompagnent le projet de Loi de finances, la communauté des affaires choisit traditionnellement cette période pour remettre sur la table ses doléances et revendications.

L’entreprise privée étant par essence, et naturellement, tournée vers la profitabilité et la réalisation des bénéfices, les requêtes des chefs d’entreprises sont pratiquement les mêmes depuis la nuit des temps et dans le monde entier : des facteurs de production moins chers, une fiscalité moins lourde et, si possible aussi, des avantages fiscaux, des incitations, des subventions, des dérogations…

Au Maroc, depuis quelques années, et en plus de ces requêtes universelles, le secteur privé a élargi le champ de ses demandes vis-à-vis de l’Etat à de nouvelles questions, notamment le foncier et la commande publique. Et on ne peut pas dire que leurs demandes sont restées lettre morte. Depuis une dizaine d’années, les investissements publics n’ont cessé d’augmenter d’une Loi de finances à l’autre, atteignant aujourd’hui près de 200 milliards de DH qui représentent le volume de la commande publique pure, sans compter celle émanant des grandes entreprises étatiques. Tout ce volume est naturellement dirigé vers des prestataires privés.

De même, et depuis le lancement des deux stratégies sectorielles majeures du pays, dans l’industrie et dans l’agriculture, l’Etat a compris qu’elles ne pouvaient réussir sans la mobilisation du foncier pour le mettre à la disposition des investisseurs privés à des prix compétitifs. Il y a quelques jours, les ministres de l’intérieur et des finances étaient venus rassurer la CGEM sur ces questions devant un parterre de patrons.

Etant le principal moteur de la croissance économique et de la création d’emplois, en tout cas sur papier, le secteur privé est dans son rôle de demander toujours plus pour produire plus, employer plus et gagner plus. Sauf que l’équation ne peut plus s’en arrêter là.

Le secteur privé de manière générale et l’entreprise en particulier sont de plus en plus interpellés sur leur capacité à créer encore plus de valeur et surtout de manière durable.

La création d’emplois est une expression minimaliste pour qualifier les obligations du secteur privé. Quand l’Etat dirige des milliards de DH de commande publique vers les entreprises, ces dernières doivent en contrepartie être des vecteurs de pérennité et de cohésion sociale et non pas de précarité.

Tricher dans la réalisation de travaux, embaucher mais ne pas déclarer ses employés aux caisses sociales, bénéficier de parcelles publiques mais en détourner l’utilisation, obtenir des avantages fiscaux et frauder aux impôts…, tout cela contribue à dégrader l’ambiance globale. L’Etat a le droit en tant que partenaire et le devoir en tant que dépositaire des deniers du contribuable, d’exiger que le secteur privé remplisse en totalité sa part de ce contrat social.