Discrimination

Conditionner la participation des petits partis aux élections législatives par un seuil de représentativité ou l’aval de grands électeurs n’est-il pas une manière de truquer le jeu électoral ?

La tournure que prend l’organisation des prochaines législatives revêt un aspect plutôt inquiétant. Le projet de code électoral, actuellement en discussion à  la Chambre des représentants, se propose en effet de mettre une barrière à  l’entrée pour les partis désirant participer au scrutin, en même temps qu’il leur fixe un seuil de représentativité pour pouvoir siéger au Parlement.

Que la majorité, à  travers le gouvernement, veuille faire du Parlement un lieu de réelle représentation ne peut qu’être loué. Les députés d’un parti qui n’a eu les faveurs que d’une faible portion des citoyens sont-ils suffisamment représentatifs de la voix du peuple ? Dans l’absolu, peut-être, mais ceux qui représentent un plus grand nombre sont prioritaires. La logique voudrait donc que l’on normalise cette représentativité par un seuil. 5%, 7%, 10%, une question de compromis.

En revanche, que la majorité, toujours à  travers le gouvernement, impose un seuil de représentativité fondé sur le score obtenu aux dernières élections ou sur la capacité à  réunir des signatures pour participer aux élections de 2007 procède d’une démarche dangereuse.

En clair, cela veut dire que les partis qui ont obtenu moins de 3% des voix aux élections précédentes, soit parce qu’ils étaient nouveaux, donc peu connus, soit parce qu’ils étaient trop faibles, de même que les partis nés après les élections de 2002, devront aller quémander, pour chaque candidat, une centaine de signatures auprès de grands électeurs en vue de pouvoir concourir. A quel titre l’Etat se permet-il d’accorder aux grands électeurs le droit de décider à  la place des citoyens ? Les membres de la Chambre des représentants ne sont-ils pas élus au suffrage universel ? Au vu de la mascarade des élections du 8 septembre, l’Etat n’est-il pas conscient qu’il risque d’accorder une rente à  quelques personnes triées sur le volet qui pourraient être tentées de monnayer leur mansuétude ?

Autre interrogation. Ce barrage destiné manifestement à  favoriser les grands partis n’est-il pas de nature à  empêcher l’émergence de nouvelles idées, de projets différents, de visions originales dans un monde politique sclérosé ? Un parti qui se renouvelle n’a-t-il pas droit à  une autre chance ?

En somme, on va se retrouver avec un pré-résultat des élections avant même que ces dernières ne se tiennent. Plusieurs partis auront perdu d’avance alors que la logique démocratique veut qu’ils soient tous alignés sur la case départ. N’est-ce pas là  une manière de truquer le jeu électoral ?