Diaspora

En 2020, année de pandémie et de crise économique par excellence, les Marocains du Monde, les MRE, ont démontré chiffres à l’appui leur attachement fort au pays.

Le gouvernement, lui, ne semble visiblement pas estimer à sa juste valeur cet extraordinaire gisement économique. La preuve, la ministre déléguée en charge des MRE au sein du gouvernement El Otmani a présenté cette semaine un semblant de feuille de route pour, dit-elle, mobiliser les compétences marocaines à l’étranger. Et le moins que l’on puisse dire est que les objectifs que Madame la ministre s’est fixés n’ont vraiment pas l’air d’être ambitieux.
Ainsi, la première responsable des MRE table sur la mobilisation de 10 000 MRE d’ici 2030. Que dire d’un tel chiffre quand on sait qu’il y a aujourd’hui plus de 5,5 millions de Marocaines et de Marocains disséminés à travers le monde ? Donc le super plan présenté par la ministre consisterait à mobiliser, d’ici 2030 en plus, à peine 0,20% d’une population qui très probablement compterait des centaines de milliers de profils et de compétences.
Les ressortissants marocains installés à l’étranger n’attendent probablement pas un plan ministériel pour vivre pleinement leur marocanité, pour témoigner de leur attachement viscéral au pays ou pour le faire profiter de leurs compétences, de leur savoir-faire et de leurs réseaux.
Même si les transferts ne sont qu’une facette, et pas la plus importante, de cette relation avec le Maroc, il est utile de rappeler tout de même qu’en 2020 et malgré la baisse mondiale établie des transferts des migrants, le volume de devises envoyées par les MRE, lui, était en hausse de 4%, du moins jusqu’en novembre 2020. Le Maroc a une chance que d’autres pays n’ont pas. Sa diaspora étant en grande partie installée dans des pays européens peu éloignés, principalement l’Espagne et la France, le lien physique avec le pays est toujours resté intact. L’opération annuelle Marhaba, qui encadre le retour estival massif des MRE, est un cas unique au monde.
Une autre chance, c’est qu’au fil des générations beaucoup de Marocaines et de Marocains se retrouvent aujourd’hui, dans leurs pays d’accueil, à des postes de responsabilité, dans des secteurs de pointe, dans la recherche, l’innovation et même dans la politique. Enfin, et grâce à l’explosion technologique et numérique à l’échelle planétaire, les MRE sont probablement parmi les mieux informés de l’actualité de leur pays, de ses avancées, ses programmes, ses projets et ses défis.
Pour une mobilisation plus efficace et plus productive des compétences marocaines à l’étranger, ce n’est pas un plan ministériel qu’il faudrait mais plus un travail de réseautage au quotidien, une vraie démarche de service de proximité et surtout une communication permanente et intense à travers des canaux diversifiés, officiels, professionnels, associatifs, académiques et même politiques.