Dialogue tronqué…

Le dialogue social a repris cette semaine et on peut dire que le mécanisme est quasiment institutionnalisé puisque, contre vents et marées et indépendamment des querelles politiques, gouvernement et syndicats n’ont pas coupé définitivement les ponts.

On peut être très fâchés, mais on continue de discuter. C’est tant mieux. Mais maintenant que l’on est plus ou moins rassuré quant à sa pérennité, ce dialogue social a sérieusement besoin d’être revu car il souffre encore de quelques tares dont deux principalement sont flagrantes.

La première réside dans cette forte connotation revendicative de la position des syndicats qui n’ont de partenaires sociaux que le nom, puisqu’ils sont éternellement dans une posture de demander, d’arracher des concessions…Pas plus tard qu’à la sortie du round de mercredi dernier, les patrons des syndicats ont tous, sans exception, tenu un langage encore et toujours revendicatif. Certes, ils sont un peu dans leur rôle premier. Mais l’évolution, observée ces dernières années, de la problématique du chômage dans notre pays et de la notion de compétitivité de l’économie démontre aujourd’hui que le dialogue social ne peut plus se résumer en une position duale entre un gouvernement seul qui doit faire des concessions face à des centrales en position de défenseur uniquement. L’amélioration de la performance générale de l’économie passe aussi par une compréhension de la part des employés de ce qu’est la productivité par exemple. La compétitivité passe aussi par la formation, la technicité, l’efficacité à la tâche…Et les syndicats ont un rôle central à jouer dans cette prise de conscience.  

L’autre insuffisance est que, bizarrement à ce jour, quand on parle de dialogue social, on pense presque, exclusivement à ce face-à-face entre l’Etat, le public ou l’administration et les centrales syndicales. Or, le plus gros employeur du pays ce n’est pas l’Etat mais bien le privé. Il se trouve que ce secteur privé n’est généralement associé, ou en tout cas n’apparaît sur la scène, qu’au moment où il faut sceller un accord comme pour lui demander de parapher bêtement un document. Le fait est que contrairement aux rounds répétitifs entre le gouvernement et les syndicats, on a rarement vu ou entendu parler de rounds entre les syndicats et les représentants du secteur privé. Certes, la difficulté réside dans le fait que ce secteur privé n’est pas forcément représenté par une, deux ou même trois institutions. L’on peut comprendre qu’il est aujourd’hui difficile de situer la représentativité du secteur privé mais cela ne justifie pas que le premier acteur concerné soit systématiquement laissé en marge du process comme si le gouvernement était mandaté pour parler au nom de tous…