Dialogue révélateur

Aquelques mois seulement de élections législatives, voilà que le gouvernement décide de s’asseoir, enfin, avec les syndicats à la table des négociations après les avoir presque ignorés durant quatre ans. Etonnant.   

Vu le timing auquel il arrive, le nouveau round du dialogue social ne peut pas échapper à la présomption de la connotation politique. Certains analystes peuvent y voir, en effet, une volonté de la majorité actuelle, en particulier son chef de file, le PJD, de faire des cadeaux aux syndicats avant de céder sa place. Pour d’autres, de tels cadeaux, s’il y en a, seraient de nature à renforcer la thèse de la manœuvre «électoraliste», la majorité actuelle cherchant à amadouer une frange de l’électorat sur laquelle les centrales syndicales peuvent avoir une emprise.

Mais il ne s’agit là que de thèses qui peuvent s’avérer vraies comme fausses. Ce qui est sûr, en revanche, c’est que le choix d’un tel timing pour relancer le dialogue social ne peut pas ne pas interpeller. D’abord, du côté des syndicats, on peut se demander ce qu’ils peuvent bien attendre comme niveau d’engagements d’un gouvernement en fin de mandat. Ensuite, du côté de la majorité, on peut s’interroger sur ce qu’elle utilisera comme arguments pour assurer les syndicats de sa bonne volonté, elle qui, dans l’absolu, n’est pas sûre d’être aux commandes dans quelques mois.

Cela dit, s’il faut surveiller un élément de près c’est surtout la posture qu’adoptera le gouvernement dans les négociations car elle constitue un excellent indicateur de ce qui risque de sortir des urnes en octobre prochain. Pourquoi ? Parce que, qui dit dialogue social, dit engagements et dit aussi, par la suite, suivi des accords, évaluation et revue périodique. On l’a vu dans le passé, les engagements pris par un gouvernement sont souvent sources d’ennuis pour son successeur.

Si au terme du scrutin du 7 octobre, la majorité actuelle est reconduite, elle assumera logiquement les conséquences de ses propres engagements. Donc, naturellement, si aujourd’hui elle a de bonnes raisons de croire en ses chances de reconduction, le PJD devrait en toute logique négocier serré avec les syndicats comme s’il était encore en début de mandat pour minimiser bien entendu les retombées et le coût sur les caisses et les équilibres financiers de l’Etat.

Si, au contraire, les urnes donnent une autre majorité, c’est la nouvelle équipe qui devra gérer le legs du dialogue social et d’un éventuel accord conclu aujourd’hui. Et comme en politique on ne se fait pas de cadeaux, si le gouvernement aujourd’hui se montrait trop large avec les syndicats, ce serait un véritable cadeau empoisonné au gouvernement suivant qui aura la charge de décaisser et d’en assumer les conséquences, quels qu’en soient le prix et le coût politique.