Devises gratinées

Est-il pensable que nous importions 38 milliards de DH de produits alimentaires dont la plupart relèvent d’une technologie de fabrication basique ? Il faut une stratégie de réindustrialisation du pays tournée vers le marché intérieur.

Plus de 11 000 tonnes de fromage importées au cours de la seule année 2011, hausse de 29% en quatre ans, 458 MDH de devises étrangères envolées ; 13 900 tonnes de viandes achetées à l’étranger, hausse de 78,5% depuis 2007, 496 MDH de devises utilisées pour payer l’exportateur ; 9,7 milliards de DH d’autres produits alimentaires de fabrication étrangère consommés en 2011, autant de réserves en devises en moins, hausse moyenne de 20% par an.

Ces chiffres vous étonnent ! Ils font pourtant partie de notre quotidien, de notre panier alimentaire, le menu que l’on retrouve dans nos assiettes. Entre 2011 et 2007, la facture des produits alimentaires a crû de 42%, pour atteindre aujourd’hui 38 milliards de DH, soit 11% de nos importations. C’est un fait, nous sommes devenus de gros consommateurs de produits importés à l’heure où le pays croule sous les déséquilibres commerciaux avec pratiquement tous les pays. L’exemple du fromage Edam (fromage rouge) est à ce titre parlant. On le retrouve chez la plupart des foyers, alors qu’il ne faisait pas partie de nos habitudes alimentaires il y a dix ans à peine, il est omniprésent chez les millions de “mahlabate”, ces fast-food marocains que l’on devrait d’ailleurs labelliser tellement le concept est porteur.

Arrêtons-nous un instant sur l’énormité de ces chiffres. Ne saurions-nous pas fabriquer localement ces produits dont la plupart relèvent d’une technologie basique ? Bien sûr que si.
Seulement, la question ne s’est jamais posée auparavant… tant que l’on avait de quoi payer. L’ouverture du Maroc au commerce mondial est certes la cause de ce glissement, mais ce choix inéluctable du libéralisme ne s’est jamais accompagné d’une réflexion sur les mesures d’accompagnement. On a ingénument pensé que le Maroc, à travers l’interconnexion des accords de libre-échange signés, allait devenir très vite une plateforme de fabrication locale et on a misé sur le développement des exportations découlant du Plan Emergence pour contrebalancer les sorties de devises. Pour le moment, nous sommes loin du compte.

Aujourd’hui, le Maroc a besoin d’une véritable réflexion concernant le mix consommation/production. Tout comme le Plan Emergence, une stratégie de réindustrialisation du pays, avec mesures incitatives à l’appui, tournée vers les besoins du marché intérieur est vitale et économiquement rentable : mieux vaut exporter des devises en dividendes qu’en marge brute, le gain est évident.