Deux poids, deux mesures

Décidément, l’Union européenne, ses instances et ses modes de gouvernance n’arrêteront jamais de nous surprendre.

Le scandale qui vient d’exploser sur le détournement des aides européennes aux réfugiés de Tindouf est une nouvelle occasion pour se rendre compte, ou plutôt se rappeler, de cette relation paradoxale et ambivalente que veulent entretenir les Européens avec le Maroc.

Car ce qui vient d’être dévoilé au grand jour au Parlement européen est connu, consigné et avéré depuis presque neuf ans dans un rapport de l’Office européen de lutte anti-fraude (OLAF). Mais les Eurodéputés viennent à peine de daigner se pencher sur les conclusions de ce rapport rédigé depuis 2007 et qui, étrangement, n’a jamais retenu l’attention ni du Parlement ni d’une quelconque autre instance de l’Union. Plus grave encore. Auditionnée il n’y a pas longtemps par les Eurodéputés, la commissaire européenne au budget, Kristalina Georgieva, a même reconnu que le Conseil de l’Europe, même après avoir pris connaissance des détournements de ces aides dûment prouvés, a sciemment continué à allouer chaque année, en guise d’aide aux réfugiés de Tindouf, un joli pactole de 10 millions d’euros qui plus est débloqués entre les mains du Front Polisario. Laquelle aide était octroyée, depuis 1975, sur la base d’une population estimée, par l’Algérie en plus, à 155000 personnes. Cerise sur le gâteau : En 2010 déjà, certains Eurodéputés sensés ont tout de même interpellé les instances de l’Union pour une demande de consultation en vue d’examiner en public ledit rapport mais leur demande a été purement et simplement rejetée.  

Pendant ce temps, et à l’opposé, certaines franges au Parlement européen sont toujours prêtes à sauter sur la première occasion pour dénigrer le Maroc et lui mettre les bâtons dans les roues mais cette fois-ci sans avoir besoin ni de rapport, ni de preuves. On l’a vu à plusieurs reprises sur des dossiers comme l’accord de pêche ou encore sur la question des droits de l’homme. Alors qu’ils détournent leur regard d’un rapport aussi crédible et accablant que celui de l’OLAF, certains se trouvent subitement des talents d’orateurs et grands experts en matière de droits pour aller défendre des causes indéfendables face à des positions du Maroc dont la légalité et la transparence sont reconnues.

Appelons un chat, un chat : il y a là manifestement un comportement discriminatoire et partial qui ne peut pas ne pas nous interpeller tout comme il a interpellé les Eurodéputés eux-mêmes. Comment et pourquoi les instances européennes ont-elles sciemment oublié dans les tiroirs un rapport aussi officiel et véridique pendant sept ans ? Et, en plus du Polisario et de l’Algérie, qui d’autre a profité de cet oubli ? Au mieux, on peut invoquer du laxisme volontaire, au pire, de la complicité malintentionnée. Mais heureusement que, dans tous les cas, le bon sens, la légalité et les causes justes, comme celle du Maroc, finissent toujours par l’emporter…