Des entreprises sous perfusion

On a trop souvent oublié que le meilleur indicateur de la santé d’une entreprise reste sa trésorerie.

L’économie marocaine souffre d’un mal chronique : la sous-capitalisation des entreprises. Le meilleur indicateur en est leur trésorerie. Chez nous, le découvert est la règle, les frais financiers sont élevés et se situent fréquemment entre 5 et 8% du chiffre d’affaires, on paye aussi tard que possible (sans hésiter à recourir à la mauvaise foi), on émet des effets dont on sait à l’avance qu’ils ne seront pas honorés, et tout cela provoque des réactions en chaîne dans toute l’économie.
Le découvert bancaire finance le fonds de roulement permanent, à la place des fonds propres que les actionnaires répugnent à renforcer. On a même vu des entreprises recourir au découvert pour lancer des filiales. En d’autres termes, on aime bien faire des affaires avec l’argent des autres et les années soixante-dix et quatre-vingt nous ont bien appris la facilité.
On a cru longtemps qu’un découvert, c’est facile. Il suffit d’avoir une bonne relation avec son banquier.
Cette période de facilité est révolue. Bank Al Maghrib est désormais plus exigeante à l’égard des banques, qui ne peuvent plus financer comme par le passé des entreprises au bilan déséquilibré. Et dès mars prochain, le bilan devra être certifié par un commissaire aux comptes de sorte qu’il sera, en principe, fiable et fidèle à la réalité.
Les PME, sous-capitalisées comme on le sait, sont les premières à souffrir de cet accès restreint aux financements et aux facilités bancaires. L’effet sur l’économie est terrible : impayés à la chaîne, rallongement des délais de règlement, mortalité élevée des entreprises… En butte à une trésorerie tendue, un dirigeant aura souvent tendance à réduire la voilure, à freiner la croissance et les développements, voire à licencier.
On a trop souvent oublié que le meilleur indicateur de la santé d’une entreprise reste sa trésorerie. Et que le meilleur indicateur de la santé d’une économie, ce sont ses entreprises.
De source bancaire sérieuse, on estime les besoins de fonds propres des entreprises à environ 15 milliards de DH. Beaucoup pensent que c’est un gros chantier qu’il faudra bien se résoudre à attaquer. Non pas en distribuant des dons mais en mettant en place des mécanismes : fonds de garantie, fonds de capital risque dédiés aux PME et autres…, non pour saupoudrer d’une manière généralisée et uniforme mais en fonction des besoins réels. La volonté de l’Etat d’accorder un abattement sur l’IS, si l’entreprise utilise ses bénéfices pour augmenter son capital, est un premier pas, mais il faudra faire plus, nettement plus. Cela donnerait ce «fameux» coup de pouce à l’économie que l’on attend depuis longtemps.