Délit d’incapacité

Les intempéries qui frappent le Maroc en ce moment et la publication par la Trésorerie générale du Royaume (TGR) de son dernier rapport statistique sur les finances locales.

Deux éléments d’actualité qui peuvent sembler, de prime abord, n’avoir strictement aucun lien. Mais la réalité, c’est qu’ils renvoient tous les deux à un même constat scandaleux : la mauvaise gestion de la chose publique locale.

D’un côté, et pour commencer, la TGR nous apprend dans son dernier rapport que les collectivités territoriales, dont les communes comme celles de Casablanca, sont assises sur un trésor de guerre estimé à fin octobre 2020 à la somme vertigineuse de 46 milliards de DH.

Ce pactole provient, en fait, du cumul sur plusieurs années des excédents dégagés par les budgets des collectivités. En des termes moins technocrates, il s’agit de budgets qui étaient alloués à des dépenses mais qui n’ont pas été utilisés.

D’aucuns seraient tentés d’en faire des déductions plutôt positives dans le sens où les communes auraient ainsi économisé sur les dépenses, économie étant synonyme de bonne gestion.

Seulement, ce n’est pas du tout le cas. Car ces budgets, qui se comptent par milliards de DH, sont en réalité des enveloppes censées financer des projets d’investissements, lesquels n’ont jamais été réalisés. Des enveloppes qui proviennent, de surcroît, du Budget général, puisque c’est l’Etat qui alloue aux communes chaque année des dotations sur les recettes de TVA.

Contrairement donc à ce que l’on pourrait penser, des élus qui présentent des excédents budgétaires sur leurs programmes d’investissement attestent publiquement et officiellement de leur incapacité à assumer la gestion de la chose locale.

Car les communes qui devaient, par exemple, dépenser en 2020 quelque 13 milliards de DH dans de grands travaux n’en ont utilisé en fin de compte que 2 milliards, soit un taux de réalisation d’à peine 16%.

Quoi de surprenant alors si au terme de quelques heures de précipitations, nos villes se retrouvent sous l’eau. Si les élus de Casablanca avaient dûment planifié, programmé et lancé en temps voulu les projets de voirie, d’entretien et d’ouvrages nécessaires, la ville n’aurait pas été littéralement noyée à cause de 35 mm de pluies.

De tout cela, et in fine, deux questions essentielles se posent d’elles-mêmes :
Pour quelles raisons un élu, un président de commune ou autre, retarderait-il des projets pour lesquels des budgets sont déjà disponibles et ne demandent qu’à être décaissés ? Et pourquoi, surtout, les Casablancais et les citoyens d’autres villes devraient-ils encore faire confiance à de tels élus ?