Déclaration d’Alger

Edito

Sommet ? Ligue ? Ben voyons… C’est plutôt l’isolement du régime algérien qui atteint son summun.

Le Sommet des Chefs d’Etat de la Ligue Arabe, tenu les 1er et 2 novembre, en est la dernière démonstration en date. N’aurait été la participation de l’Emir du Qatar et du Président égyptien, il aurait peut-être fallu donner des cours accélérés d’arabe au chef d’une tribu de Papouasie pour atteindre un niveau de représentativité à faire honneur au Président Tebboune.
La presse internationale (notamment nos confrères de Jeune Afrique) avait pourtant relayé une éventuelle participation du Roi Mohammed VI à cet événement, qui revient dans un nouveau contexte géopolitique après trois ans de «confinement». Cela semblait crédible :
Dans ses discours comme dans ses actes (notamment la dernière invitation à l’adresse du Président Tebboune), le Souverain a toujours tendu la main aux dirigeants algériens pour résoudre définitivement ce différend de voisinage, né d’un tracé de frontières post-colonialiste et d’une guerre de sables datant de 60 ans, mais que les séculaires du pays voisin continuent d’entretenir depuis Tindouf par le biais de pétards mouillés d’une entité fantoche. Celle-ci n’a d’ailleurs pas eu droit de cité lors de cette 34e édition du Sommet des Chefs d’Etat de la Ligue Arabe, malgré les gesticulations usuelles (pour ne pas dire d’usure) de la diplomatie de nos «khawas» voisins.
Certes, l’Algérie a daigné ouvrir, l’espace d’une matinée, le couloir aérien survolant la frontière terrestre avec le Maroc à l’avion transportant un officiel chargé de remettre l’invitation officielle. Un e-mail aurait peut-être suffi : les frais de déplacement auraient permis de grappiller quelques broutilles au PIB pétrolier qui (hors contexte des cours du baril) se ferait doubler par la Valeur ajoutée créée par le Royaume, dès 2025, comme le préconisent les spécialistes du FMI.
En tout cas, la bonne séance diplomatique algérienne s’est limitée à ces considérations d’économie de kérosène. Car tout a été fait pour éviter que le Royaume vole la vedette et marque des points à l’extérieur…, sur le terrain algérien. La liste des entorses protocolaires et diplomatiques est tellement fournie qu’elle mériterait plus que la pagination consacrée au dossier dédié à l’essor socioéconomique de nos provinces du Sud (voir pg 17). On peut citer en guise d’exemple les péripéties de nos confrères de la télévision nationale ou encore toute l’intox autour du retrait du ministre des Affaires étrangères marocain, accueilli sur le tarmac par une réaction belliqueuse quant au contenu de la résolution onusienne sur le Sahara.
En fait, Nasser Bourita ne s’est jamais retiré de cette fameuse réunion préparatoire du Sommet, tenue le 29 octobre. Il est même revenu, sur hautes instructions royales, à Alger pour représenter le Royaume à cet événement marqué par une participation distinguée et agissante de la délégation marocaine (voir pg.10) qui a contribué à faire aboutir des consensus autour de formules adaptées concernant la majorité des résolutions du Sommet.
Depuis quelques années déjà, la stratégie de la chaise vide n’est plus de mise dans l’action diplomatique du Royaume. Signe d’un pragmatisme, d’une cohérence et d’une franchise qui constituent le mantra de notre politique extérieure. Donc s’il y a une «occasion ratée», pour reprendre les termes du Chef de la diplomatie algérien, c’est plutôt celle de voir «nos chers voisins» arrêter leur sitcom diplomatique. De voir ce régime algérien se libérer de son paradigme sclérosé depuis l’ère de la guerre froide. De voir Alger se mettre dans l’air du temps et se rendre à l’évidence : Ce conflit préfabriqué du Sahara n’a plus lieu d’être. D’ailleurs, dans la déclaration finale de ce Sommet, les pays membres de la Ligue Arabe s’engagent «à préserver l’unité des États membres, leur intégrité territoriale et leur souveraineté sur leurs ressources naturelles». C’est désormais inscrit dans la Déclaration d’Alger.