Décalage politique

Mercredi 8 mai, les conseillers avaient rendez-vous avec le chef du gouvernement pour la séance mensuelle des questions dites de politique générale.

Mercredi 8 mai, les conseillers avaient rendez-vous avec le chef du gouvernement pour la séance mensuelle des questions dites de politique générale. Certes, il faut reconnaître qu’une telle tradition, instaurée depuis début 2012, est très louable. Mais à quoi un tel exercice sert-il réellement s’il n’est pas mis à profit par les parlementaires et le gouvernement pour débattre des questions chaudes et urgentes, des questions de l’heure qui inquiètent les Marocains ?

Le gouvernement vient de décider il y a quelques semaines de couper dans le budget des investissements. Malgré ses tentatives d’expliquer pour rassurer la communauté des affaires, cette dernière continue de s’inquiéter sérieusement des répercussions d’une telle mesure et constate avec impuissance l’état de paralysie de la machine. La CGEM en sait quelque chose. Dans la foulée, les questions fusent de partout sur l’état réel de notre économie avec en toile de fond la dégradation de nos finances publiques et extérieures, le tout sous le regard inquisiteur du FMI, de nos partenaires étrangers et des agences de notation. Il y a quelques jours, à l’occasion du 1er Mai, on a vu comment les syndicats ont repris du poil de la bête, sachant que quelques jours auparavant ils avaient carrément planté le gouvernement en décidant de ne pas aller à la réunion du dialogue social. Ce dernier, donc, est en panne. Un peu avant, à la fin du mois d’avril, les Assises de la fiscalité ont été l’occasion pour tous de constater l’ampleur des réformes qui nous restent à faire et l’urgence des chantiers.

Au lieu de profiter de la rencontre du 8 mai pour parler de tous ces dossiers chauds, les parlementaires, qui recevaient le chef du gouvernement ce jour-là, ont tout simplement maintenu l’ordre du jour qui était programmé depuis des mois. La date, l’heure et surtout le contenu qui portait sur des questions tout à fait éloignées de l’actualité. Des questions écrites qui ont été envoyées au gouvernement, lequel va venir réciter tranquillement des réponses préparées. Une telle démarche peut se comprendre dans le sens où, en temps normal, elle permet de traiter un plus grand nombre de sujets et de problèmes. Mais en temps de crise, la logique voudrait qu’on puisse changer l’ordre du jour pour parer au plus urgent. 

Une séance mensuelle avec le chef du gouvernement devrait être l’occasion pour qu’il vienne faire le bilan en temps réel de son action, le point sur les chantiers ouverts, l’état d’avancement des réformes et, bien entendu, quand cela s’impose, de parler des questions de l’heure pour informer les Marocains de la situation et donner de la visibilité aux opérateurs économiques. Visiblement, nos politiciens sont quelque peu en décalage avec ce qui préoccupe les citoyens.