Débats

Si elle respecte
les règles de
déontologie, la presse peut
devenir une locomotive
du débat démocratique
de haut niveau.

«Donnez-moi un débat de haut niveau et je vous donnerai une démocratie». Cette phrase aurait pu être prononcée par un grand penseur tant elle correspond à une réalité.
Le Maroc vit aujourd’hui une situation que rencontrent tous les pays en transition vers la démocratie. Le débat public est absent, indigent ou pollué par l’insulte, l’invective et les attaques personnelles. Il ne joue pas le rôle qui doit être le sien pour transformer un édifice de démocratisation en une pratique quotidienne. La démocratisation passe par des mesures institutionnelles, structurelles, mais elle est au final une pratique. Et cette pratique, aucun texte ne peut à lui seul l’imposer.
Comme cela arrive dans tous les pays en transition, le Maroc a connu de grandes avancées dans le domaine de la liberté d’expression. Mais cela ne signifie nullement que l’opinion est mieux informée.
Pour illustrer cela, prenons deux exemples :
– la presse : Hubert Beuve Méry, fondateur du Monde, avait coutume de rappeler que le rôle d’un journal consiste à décrire la réalité et à donner aux lecteurs les moyens de se faire une opinion. Cette phrase résume fort bien le rôle d’un journal qui est au service de ses lecteurs. Mais il est plus difficile de vendre un journal en recherchant la vérité qu’en faisant du sensationnel et de l’approximatif. Les règles désormais universelles de déontologie, le respect du lecteur, des sources, de la vérité tout simplement, la vérification des faits, les recoupements, les débats contradictoires, le respect de la vie privée, tout cela fait parfois cruellement défaut. Choquer, accuser sans preuves deviennent du courage journalistique. Donner la parole à n’importe qui, truand, terroriste ou criminel, en lui servant de tribune et en légitimant ainsi ses propos, cela devient un scoop. L’affaire Mandari (lire en page 30 l’article de Jamal Berraoui) en est une illustration parmi d’autres. Comme le dit la boutade que l’on prête à un rédacteur en chef peu scrupuleux, «une fausse information et une mise au point, cela fait deux articles».
– la politique : le débat entre les uns et les autres, par exemple entre modernistes et sensibilités islamiques (au pluriel), est-il possible sans insultes, invectives, excommunication ?
La démocratie, c’est le respect de l’autre. La presse peut devenir une locomotive du débat démocratique de haut niveau. Si nous voulons que la démocratie progresse au Maroc, la balle est dans notre camp