Débarquement

Des hommes qui ont sacrifié des années de leur vie au service du pays…

Quel est le point commun entre l’ancien capitaine de la sélection nationale Houssine Kharja, Hamid Addou, l’ex- DG de l’ONMT et Saâd Benabdellah, l’ancien patron de Maroc Export ? Simple : voilà des hommes qui ont sacrifié des années de leur vie au service du pays, chacun dans son domaine et chacun selon ses compétences mais qui ont, tous les trois, été remerciés à la fin d’une manière qu’on ne peut qualifier de professionnelle et encore moins d’élégante.

Des patrons d’offices ou d’entreprises publiques débarqués sans ménagement à leur insu. MM. Addou et Benabdellah, par exemple, ont découvert qu’ils étaient démis de leurs fonctions comme tout le monde au moment de la mise en ligne des appels à candidature pour leurs postes. Ce à quoi nous avons assisté cette semaine -d’autres annonces du même type vont certainement tomber- n’est tout simplement pas digne d’un Etat de droit et qui se respecte. Au moment où l’Administration marocaine a besoin, plus que jamais, d’attirer des compétences et de bons profils, notamment du secteur privé, ce ne sont certainement pas des pratiques pareilles qui encourageront les meilleures cadres et diplômés à aller travailler dans le public.

Le principe de renouveler le management des entreprises et établissements publics est incontestable. Mais tout aussi incontestable est le respect des lois et des procédures. Quand bien même une entreprise publique serait sous la tutelle directe d’un ministre, ce dernier n’a pas pour autant la liberté d’embaucher et de licencier à sa guise, quand il veut et sans y mettre les formes. Un établissement public a un conseil d’administration et il est régi par des textes de loi. Quand le patron ne remplit pas son contrat, il est normal qu’on s’en sépare mais avec un minimum de formalisme et surtout de respect de la dignité. Qu’on le veuille ou non, et indépendamment de leurs bilans, il s’agit là de personnes qui ont donné de leur temps, des années de leur vie et qui se sont sacrifiés pour leurs missions. Beaucoup d’entre eux sont des cadres supérieurs qui ont laissé tomber des carrières dans le secteur privé avec tout ce que cela suppose comme avantages substantiels pour accepter des missions dans le public avec toutes les contraintes que cela impose. En les traitant de la sorte, les décideurs dans le secteur public n’encourageront certainement pas les bons à venir.

Une chasse aux sorcières qui fera le bonheur des chasseurs de têtes en quête de profils pour le secteur privé. Et à ce rythme, il est fort probable que le public finira, à la longue, par s’appauvrir en expertise pour retomber dans les travers d’une Administration obsolète, dépassée et en décalage avec les nouvelles réalités du marché et de l’environnement mondial. Un scénario catastrophe qui ramènerait le Maroc des décennies en arrière.