De penser vert à  vivre vert

Vivre vert ce n’est pas seulement avoir des lois, il faut de l’argent pour accompagner la transition, des ressources qualifiées pour gérer et contrôler et une offre commerciale de solutions locales.

Festivités écologiques, 11 000 actions entreprises, Rabat choisie parmi six villes dans le monde pour la célébration du 40e anniversaire de la Journée de la Terre… Semaine verte au Maroc, dans les télés et les journaux aussi.

Pour un pays comme le Maroc, dont les besoins économiques et sociaux pourraient largement servir de prétexte à reléguer l’environnement au second plan, la démarche est à saluer, tout comme la mobilisation créée autour des préoccupations écologiques.

Reste maintenant à aller plus loin, à aller à l’essentiel. Sur le plan législatif, et contrairement à ce que l’on croit, le Maroc n’a pas à rougir. Texte sur les déchets dangereux, sur l’interdiction des sacs en plastique noirs, sur l’obligation d’établir une étude d’impact environnemental pour réaliser un projet…, les règles existent et on peut renforcer l’arsenal, mais c’est dans l’application que le bât blesse. Pourquoi ? D’une part, parce que les textes sont épars et proviennent d’une multitude de départements. Un Code de l’environnement, harmonisant la législation en la matière, permettrait d’y voir plus clair et d’éviter de se marcher dessus. D’autre part, la mise aux normes environnementales des villes et entreprises coûte de l’argent et l’accompagnement financier pour cette nécessaire évolution reste trop timide. En ce sens, la création d’un fonds dédié à l’environnement et regroupant aussi bien les nouveaux mécanismes que ceux qui existent déjà, avec des lignes de financement dédiées, permettrait d’obtenir des résultats concrets. Est-il logique, par exemple, que des villes n’aient pas de stations d’épuration des eaux, que des hôtels ou des golfs utilisent de l’eau potable pour arroser leur parc ?

Autre démarche à entreprendre. Celle des ressources humaines qualifiées. Il n’existe pas au Maroc de formation spécifique à la donne environnementale. Or, passer au vert c’est avoir les ressources humaines pour gérer les contraintes écologiques de l’activité économique et sociale, c’est également disposer de femmes et d’hommes pour s’assurer que les règles sont respectées. Un CRI maîtrise-t-il les connaissances techniques pour bien interpréter une étude d’impact environnemental ?

Enfin, si le Maroc doit s’inscrire dans une démarche environnementale durable, il faut qu’il arrive à créer une offre locale en matière de solutions vertes. Il ne faut pas se leurrer, là où l’offre existe, la demande finit par suivre, surtout si les lois y contraignent. Un plan incitatif d’aide à l’investissement dans le business vert est souhaité. En somme, il ne suffit pas de se penser vert, il faut vivre vert, créer un nouveau mode.