De l’amateurisme professionnel

Le gouvernement s’acharne à  tuer la poule aux oeufs d’or qu’est le chef d’entreprise et à  détruire la classe moyenne. Mais, même en termes de mise à  mort il en rate l’exécution !

A peine entamée, l’année 2013 est déjà candidate pour rassembler le plus grand nombre d’anecdotes et de ratés en matière de gestion de la chose publique. C’est évidemment du pain béni pour les médias puisque cela anime le débat. Mais de telles bourdes ne sont pas du tout amusantes quand elles mettent en jeu les recettes de l’Etat et, surtout, rendent le quotidien des chefs d’entreprises encore plus compliqué qu’il ne l’est déjà. Et, enfin, il va sans dire que cela donne une piètre image de notre administration. Voilà deux exemples que l’on pourrait trouver sympathiques s’ils ne rendaient pas la vie des investisseurs aussi kafkaïenne. Au moment de concocter la Loi de finances 2013, le gouvernement invente un impôt nouveau : la contribution pour la solidarité nationale. Il s’en suivra un long débat, des tractations houleuses. Les professionnels auront tout essayé pour en dissuader le gouvernement, rien à faire.

L’Exécutif a opposé un niet sur toute la ligne et les professionnels ont dû finalement se résigner. Février 2013, vient le moment de passer à la caisse. Les entreprises se sont débrouillées, chacune à sa manière, pour faire les calculs alambiqués et établir l’état devant servir à la retenue à la source et au paiement de ladite contribution. Mais une fois devant les responsables des différentes perceptions, surprise ! Beaucoup d’entre eux n’ont voulu ni encaisser les chèques de règlement ni accuser réception des documents pour la simple et ahurissante raison qu’ils ne savaient pas eux-mêmes à qui devaient être adressés les chèques et n’avaient pas d’instructions uniformes dans ce sens.

L’autre anecdote, encore plus rocambolesque, concerne la fameuse taxe sur le sable instaurée par le ministère de l’équipement. Là aussi, on se rappelle de la position catégorique du ministère quant à cette taxe que les professionnels ont fini par accepter. Mais au moment du paiement de cette taxe auprès des perceptions, on se rend compte que ces dernières n’avaient pas de documents types pour établir les déclarations. Et même quand certaines entreprises ont fourni l’effort de préparer elles-mêmes des modèles de déclarations, les perceptions ont tout simplement refusé d’encaisser la taxe au motif qu’elles n’ont pas d’instructions en la matière. Or, quand il y aura des retards de versement, l’administration ne se fera certainement pas prier pour réclamer des majorations et autres pénalités d’usage. Voilà ce qui arrive quand l’effet d’annonce et la chasse aux voix prennent le pas sur la sagesse et la réflexion dans la mise en application.

Le gouvernement s’acharne à tuer la poule aux œufs d’or qu’est le chef d’entreprise et à détruire la classe moyenne. Mais, même en termes de mise à mort il en rate l’exécution !