De dialogue de sourds à dialogue responsable

Elles sont derrière nous, les années de dialogue de sourds! Cette époque où le Chef de gouvernement méprisait les centrales syndicales, au point de couper l’écoute, estimant comme Coluche que «les syndicats sont faits pour donner raison à des gens qui ont tort».

De leur côté, ses farouches opposants syndicalistes le lui rendaient bien, allant jusqu’à inviter, aux manifestations syndicales, des équidés chargés en banderoles décriant le patron de l’Exécutif. Ces bassesses politiciennes ignominieuses font désormais partie du passé. Hamdoullah…
Aujourd’hui, c’est plutôt une approche de concertation et d’efficacité qui est prônée. Après avoir réussi à négocier un pacte social qui fait date (30 avril 2022), le gouvernement met tout en œuvre pour traduire ses termes en réalisations. Il a commencé par donner l’exemple en honorant ses engagements: hausse du salaire minimum dans le privé comme dans le public en temps convenu et revalorisation des retraites.
Ni les difficultés des finances publiques, ni les besoins en trésorerie des entreprises privées et encore moins les énormes défis qui attendent la Caisse de sécurité sociale (CNSS) n’ont servi de prétexte pour retarder l’entrée en vigueur de ces mesures qui se ressentiront sur les prochains bulletins de paie de 117000 smigards et les pensions servis à plus de 600 000 retraités. Le gouvernement a ainsi placé le soutien du pouvoir d’achat des citoyens au-dessus de toute considération.
Mais l’Exécutif a surtout démontré son sens de l’engagement et sa détermination à respecter un calendrier qui sert de repère pour faire avancer des réformes capitales. En invitant syndicalistes et patronat à ce deuxième round de dialogue social, selon le calendrier prévu, Aziz Akhannouch institutionnalise effectivement cette plateforme de concertation sociale, enclenchée autrefois surtout en temps de crise.
L’approche du gouvernement a été également d’amorcer un dialogue sectoriel de manière à cadrer au mieux les spécificités des différents départements. Ainsi, le ministre de l’Emploi n’est plus isolé, tel un naufragé sur une île submergée de revendications syndicales qui n’en finissent jamais. Le ministre de la Santé, par exemple, a réussi à aplanir les problèmes sociaux dans son secteur. De son côté, le ministre de l’Education nationale est monté au créneau pour mener des tractations qui seront déterminantes pour l’avenir de son département. D’autres membres de l’Exécutif ne tarderaient pas à suivre…
Cette nouvelle approche du dialogue social est de nature à réjouir les syndicats, à en juger par leurs réactions à l’issue de ce deuxième round, tenu cette semaine (voir pg. 6). Ils prennent désormais part aux commissions conjointes instaurées pour faire avancer les réformes de fond : révision du régime de l’impôt sur le revenu, réforme des régimes de retraite, mais aussi le réexamen d’un ensemble de législations décisives.
La réforme du Code du travail comme la promulgation de la loi organique portant sur l’exercice du droit de grève, ont fait l’objet d’un échéancier précis dans le cadre du Pacte social global et indivisible. Le respect de ce calendrier dépend essentiellement de la bonne foi de tous les partenaires sociaux et de leur sens du consensus et de l’engagement. Avancer en toute sérénité, mais avec célérité, dans ces deux dossiers serait une démonstration supplémentaire de regain de confiance, à même de pérenniser un dialogue social responsable.