Croissance équilibrée

La dernière fournée d’investissements industriels annoncés cette semaine remet à l’ordre du jour la nécessaire réflexion sur ce que doivent être les moteurs de la croissance et pourvoyeurs de l’emploi au Maroc. 

D’abord, il n’est plus soutenable ni raisonnable qu’aujourd’hui encore la croissance flanche au gré des aléas climatiques, donc des fluctuations de la récolte, qu’elle soit encore et largement tributaire de la valeur ajoutée agricole. Certes, le secteur agricole marocain a été complètement métamorphosé ces dernières années de sorte que la céréaliculture, filière la plus sensible aux pluies, ne représente guère plus de 20% de la valeur ajoutée globale du secteur. C’est ce qui a permis aujourd’hui d’éviter le scénario catastrophe de l’effondrement qui accompagnait les mauvaises récoltes dans les années 80, 90 et même au début des années 2000. Mais cela ne doit pas occulter le problème : le deuxième moteur de la croissance, le non-agricole, n’est pas pleinement allumé.

Au gré des politiques sectorielles successives, ou grâce à la volonté des opérateurs eux-mêmes, certains secteurs continuent encore de créer de la valeur, d’autres cartonnent, créent de l’emploi, rapportent des devises. Mais des pans entiers de notre tissu économique sont dans une tout autre logique et ambiance. On a découvert récemment, par exemple, comment un vulgaire sachet en plastique faisait le bonheur de près de 200 entrepreneurs clandestins qui employaient quelque 2000 personnes à eux seuls dans des unités souterraines mais au vu et au su de tous… Quand ils ne sont pas dans l’informel, d’autres secteurs sont de plus en plus désertés si ce n’est rayés de la carte. C’est le cas, entre autres exemples, de l’amont du textile, de la céramique ou encore du papier.

Des questions restent à poser sur les autres moteurs principaux de l’économie : Où sont nos industries structurées ? Où sont les services ? Où sont les secteurs financier, des télécoms, le tourisme, l’immobilier, le bâtiment, l’énergie, le transport…? Après tant de décennies de maturation et d’expertise censée avoir été développée, avec tous les moyens qui y sont mis et investis soit par l’Etat, soit par le privé, peut-on raisonnablement croire que tous ces secteurs et d’autres n’arrivent pas à assurer une croissance annuelle soutenue durable à même de booster toute l’économie ou au moins de compenser quand il le faut la contre-performance du secteur agricole ?