Construire dans la durée

En quatre ans, cinq entraîneurs, une quarantaine de joueurs,
un changement de dirigeants de fédération
et aucune action d’éclat. L’impatience nous tue.

Depuis bientôt quatre ans,  depuis ce fameux Tunisie-Maroc, au cours duquel nous avons raté la qualification à la Coupe du monde 2006,  l’équipe nationale de football n’a réussi aucun coup d’éclat, si minime fut-il. Une seule victoire, deux nuls et trois défaites, en phases finales de deux Coupe d’Afrique. Aucune participation au Mondial depuis 1998 et une probabilité très élevée de ne pas participer à la Coupe d’Afrique prévue en janvier prochain. Triste pour une équipe qui a été finaliste lors de la CAN 2004, triste pour une équipe qui a brillé lors du Mondial 1998.
Incompréhensible surtout. Comment expliquer que tout aille de travers pendant aussi longtemps. Faisons notre autocritique : on s’est souvent défoulé sur l’entraîneur, tantôt trop têtu, tantot ayant des préjugés par rapport à certains joueurs, tantôt étant incompétent. Nous en sommes à notre cinquième coach depuis septembre 2005 et l’équipe ne se porte pas mieux. On a souvent critiqué les joueurs qui ne mouillaient pas assez le maillot ou qui ne méritaient pas de fouler la pelouse. Depuis cinq ans, la composition de l’équipe a été  revue de fond en comble. Ne subsistent comme restes de la glorieuse équipe de janvier 2004 que cinq joueurs sur les 22 qui en formaient l’ossature à l’époque. Mbarek Bossofa, meilleur buteur de Belgique, Mounir Hamdaoui, meilleur buteur de Hollande, Marouane Chamakh, attaquant de l’année en France… Et la liste est aussi longue que ne l’est celle des déconvenues offertes par des formations intégrant ces mêmes joueurs.
On a enfin mis fréquemment à l’index la Fédération de football avec l’inamovible Hosni Benslimane à sa tête et les batailles intestines. Depuis quelques mois, la fédération a changé de dirigeants et le résultat se résume à deux points ramenés en deux matches, dont un à domicile.
Si ce n’est alors ni un problème d’entraîneur, ni de joueurs, ni de fédération, où est la faille ? Les 30 millions de Marocains que nous sommes avons chacun une explication mais une chose est sûre, nous manquons cruellement d’humilité. Quand l’équipe joue bien un seul match, on se surprend à rêver et on pense Coupe du monde. Une équipe ça se construit avec un effectif relativement stable, dans la durée et sans pression de départ. Il est très probable, à l’heure où nous écrivions ces lignes, mercredi 24 juin, que l’actuel entraîneur soit remercié. Encore faut-il se résigner à prendre le temps de construire une formation cohérente et non pas se précipiter à la recherche de titre que nous ne méritons pas pour le moment.