Construction collective

Alors que la commission en charge de réfléchir sur le nouveau modèle de développement est en train de se mettre en place, les attentes par rapport à ses outputs sont déjà à un niveau élevé.

Evidemment, les acteurs et observateurs, qu’ils soient politiques, économiques, sociaux, sociétaux ou autres et, de manière générale, l’opinion publique vont se focaliser sur le principal livrable de ladite commission, à savoir le nouveau modèle en lui-même. A quoi ressemblera-t-il ? Sera-t-il véritablement en rupture ou dans la continuité de ce qui s’est fait jusqu’à aujourd’hui ? L’équipe d’experts qui y travaillera devra apporter des réponses ou, au minimum, des pistes très concrètes. Mais au delà du rapport final et des recommandations, idées, nouvelles voies qu’il ne manquera pas de contenir, c’est peut-être aussi le processus en lui-même qu’il faudra regarder de près pour s’en inspirer.

On sait aujourd’hui avec certitude que les membres de la commission ne travailleront pas en vase clos. La nature même de leur mission et la forme de leur mandat, consultatif, leur imposent presque une démarche inévitablement participative, inclusive avec des mécanismes de concertation, d’écoute, de dialogue, de sorte à ce que toutes les composantes de la société puissent exprimer leurs approches et leurs idées. On s’en rappelle encore, une démarche similaire, même à taille réduite et sur une thématique précise, avait donné de bons résultats au début des années 2000 quand il a fallu réformer le code de la famille et la Moudawana. A l’époque, bien plus que le texte final produit, ce qui avait contribué à éviter la fracture sociétale c’était véritablement le fait que la commission avait permis à des sensibilités parfois aux antipodes de se mettre autour d’une même table, de s’écouter et de se tolérer.

Des acteurs économiques, sociaux, politiques, sociétaux, associatifs ne pourront jamais construire un modèle de développement au sens économétrique et comptable du terme. Et ce n’est finalement pas ce qui serait attendu de l’exercice. En revanche, une concertation d’une telle ampleur, la première du genre dans l’histoire du Maroc, et avec une telle diversité, produira à coup sûr un référentiel, une vision globale et surtout partagée de ce que devrait être le chemin du développement. C’est cette vision partagée et consensuelle qui permettra dans l’immédiat d’initier des programmes concrets et plus efficaces.
Mais le plus important c’est qu’elle constituera un socle de valeurs, de principes et de normes sur lequel pourront être construits, ultérieurement, des plans d’action, des programmes et des politiques publiques à plus long terme avec la certitude qu’ils sont l’émanation d’un état d’esprit collectif et de la communauté. C’est là le meilleur moyen de s’assurer de la pérennité de la construction à travers les générations.