Congés payés

Comment justifier, sur le plan du principe, qu’un salarié décide de ne pas travailler à  loisir, sachant qu’il sera, de toutes
les manières, payé ?

Faut-il payer les salaires des fonctionnaires grévistes ? La polémique qui a éclaté à ce sujet entre les syndicats et le gouvernement, alimentée par l’USFP qui, il faut bien le dire, a encore une fois fait la démonstration de son «soutien critique» à ses alliés de la majorité, n’est que le résultat d’une problématique apparue depuis 2004. Il y a cinq ans, en plein processus d’un dialogue social qui dure depuis 12 ans, l’apparition de nouveaux syndicats dictée par la mise en place d’un processus de négociations sectorielles, avait mené à une inflation de corps en grève : administrateurs, agents de collectivités locales, médecins… Chacun prenait prétexte de la moindre concession accordée à l’autre pour alimenter la surenchère. En 2006, déjà, les concessions faites par l’Etat depuis la fin des années 90  avaient abouti à un rapport masse salariale/Budget général de 60%. A cette époque, des initiatives isolées avaient abouti à des retenues sur les salaires des grévistes.
Aujourd’hui, le même problème se pose. En sept ans, les salaires moyens dans la fonction publique ont augmenté de 55%, mais les syndicats trouvent que ce n’est pas assez et les employés se mettent en grève. La grève est un droit, mais le salaire pour une journée travaillée, lui, l’est-il ?
Si l’USFP pose une question légitime sur le plan du formalisme juridique, l’instrumentalisation qui est faite de la question, la prise de position, relève du populisme et de l’aveuglement. Comment justifier, sur le plan du principe, qu’un salarié décide de ne pas travailler à loisir, sachant qu’il sera, de toutes les manières, payé ? L’effet en serait à la fois un glissement vers de faux congés payés indus et donc une aggravation de l’ampleur des grèves, mais également un chantage sur l’Etat-employeur qui se verrait obligé de concéder à chaque fois plus pour ne pas se retrouver avec une machine administrative grippée ? Est-ce cela que veut l’USFP ? Le principe de sacrifice, inhérent à la grève, ne serait-il pas dénaturé si cette dernière n’avait aucun impact sur la poche des grévistes ? Enfin, nous serions curieux de savoir ce que l’USFP répondrait à ces citoyens qui prennent une journée de congé pour accomplir leurs démarches administratives, qui perdent inutilement ce temps pris sur leurs vacances et qui découvrent que personne n’en paiera le prix.