Concurrence sans arbitre

Le Maroc ne peut se permettre le luxe d’attendre que le président veuille bien réunir le Conseil de la concurrence. Le premier ministre doit agir, il y est habilité.

Incroyable ! Le terme n’est pas assez fort pour qualifier la situation dans laquelle se trouve à  l’heure actuelle le champ de la concurrence au Maroc. Pour une fois, ce ne sont pas les textes qui font défaut mais plutôt les hommes appelés à  les appliquer.

Le Maroc dispose depuis six ans d’une loi sur la liberté des prix et de la concurrence, laquelle loi a institué un Conseil de la concurrence, organe autonome qui est en mesure de se prononcer sur les pratiques anticoncurrentielles, sur la réglementation des prix ainsi que sur les problèmes de concentration économique. En un mot, il constitue une voie de recours, un arbitre doté de pouvoirs étendus pour veiller aux bonnes règles du jeu. Dans un souci de bien faire, le législateur a veillé à  ce que ses membres proviennent de différents horizons : fonctionnaires, opérateurs du privé et experts. Ainsi, toute emprise motivée par des considérations politiques, économiques ou d’intérêt individuel est contrebalancée.

Tout cela ferait plaisir si ce Conseil de la concurrence jouait effectivement son rôle. Aujourd’hui, le gouvernement n’arrive pas à  réunir ce conseil pour régler des problèmes urgents parce que son président n’est pas intéressé par le poste et reste sourd aux requêtes du ministre concerné. En attendant, la libéralisation des prix des produits réglementés est en suspens, l’affaire Lesieur-Savola aussi. Jusqu’à  quand ?
En se privant d’un organe aussi vital alors qu’il ouvre son économie, qu’il prospecte des investisseurs étrangers et ambitionne, avec son plan «Emergence», de faire décoller son industrie, le Maroc met en jeu sa crédibilité. Comment convaincre un opérateur étranger de venir s’installer au Maroc quand il sait qu’il n’y a pas de régulateur ? C’est un peu comme si, en ces jours de Mondial, on organisait un tournoi de foot sans arbitre et à  chaque contestation on se tournait vers la FIFA ! Hé m’sieur Blatter ! m’sieur Blatter !, y a faute ou pas ? Ridicule, mieux vaut en rire.

Avant d’en rire, toutefois, il est utile de rappeler que l’article 19 de cette loi sur la concurrence donne au premier ministre le pouvoir de nommer le président du Conseil de la concurrence. Or, ce n’est pas la première fois que ce conseil pose problème. Que chacun prenne donc ses responsabilités