Concessions mais pas cession

Les Marocains, qui ont vécu pendant 30 ans dans l’idée du «tout», devront intégrer celle du «presque tout».
En d’autres termes, celle d’un Sahara marocain,
mais avec des pouvoirs
plus étendus que ceux octroyés à  la région
sous sa forme actuelle.

La décision prise le 6 novembre par le Souverain d’ouvrir la consultation aux partis politiques et aux représentants des tribus sahraouies en vue de proposer une plateforme d’autonomie pour le Sahara, marque le départ d’un long chantier pour le Maroc. Certains disent que nous n’avions pas d’autre choix, qu’il fallait bien proposer du concret concernant cette autonomie. Beaucoup oublient de dire qu’il faut du courage politique pour prendre une décision qui va assurément recomposer l’équilibre des pouvoirs dans un pays au sein duquel l’Etat central a toujours constitué le socle organisationnel.
Quelle forme cette autonomie prendra-t-elle ? Il est prématuré de répondre à cette question, mais nous avons essayé (voir dossier p. 24-27) de soulever quelques-unes parmi les nombreuses interrogations qui se posent. Deux conclusions ont émergé de cette réflexion.
La première est que cette régionalisation constituera un véritable bouleversement pour le Maroc car on peut raisonnablement supposer que l’existence d’une «exception saharienne» poserait plus de problèmes qu’elle n’en résoudrait. C’est donc toute l’architecture juridique et économique qui doit changer.

La deuxième conclusion est que les Marocains, qui ont pendant
30 ans vécu dans l’idée du «tout», devront intégrer celle du «presque tout». En d’autres termes, un Sahara marocain, mais avec des pouvoirs plus étendus que ceux octroyés à la région sous sa forme actuelle. Cela veut dire qu’il y a des pouvoirs, des compétences décisionnelles à partager, en résumé, des concessions à faire et des mentalités qui doivent changer. Car, ne l’oublions pas, les propositions marocaines en matière d’autonomie du Sahara, aussi consensuelles soient-elles sur le plan intérieur, devront offrir une porte de sortie honorable aux autres parties concernées par ce conflit.
Enfin, il faut dire que, quelle que soit la formule d’autonomie qui sera proposée, une constante demeurera : le Sahara restera sous souveraineté nationale. Le Maroc a fait trop de sacrifices en moyens humains et matériels pour que l’on imagine un seul instant qu’il va baisser les bras à ce sujet. Concessions, donc, mais concessions seulement.