Compétences délaissées

Dans quelques jours, le patron d’un géant mondial de l’aéronautique fera escale à Casablanca pour inaugurer un site où le groupe fait fabriquer du câblage et des pièces électroniques élaborées qui constituent le système nerveux des appareils sur lesquels elles sont montées. Des usines telles que celle de Casablanca, où travaillent des Marocains, il y en a 10 au monde et le fabricant n’en est pas à son premier site au Maroc. C’est dire la confiance accordée aux compétences marocaines. Une confiance qui malheureusement n’est pas le cas pour tout le monde.
Il y a quelques jours, Omar, jeune patron d’une entreprise marocaine opérant dans les technologies de pointe, nous racontait comment lui et ses équipes au Maroc ont développé des solutions pour la cartographie et l’optimisation des réseaux urbains, un domaine rare dans le monde, mais comment aussi un gestionnaire de réseau d’une grande ville marocaine a préféré faire plutôt appel à un prestataire étranger, probablement payé plus généreusement.

Au hasard d’une autre rencontre anodine, Abdelilah, patron d’une petite structure spécialisée dans la restauration de monuments et vieilles bâtisses, ce qui est rare au Maroc, nous racontait, quant à lui, comment les élus et le maire d’une autre grande ville ont eux aussi préféré faire venir des architectes et prestataires d’Europe pour les conseiller sur la restauration de certaines bâtisses anciennes de la ville.

Ces deux témoignages, bien que dans des domaines totalement éloignés, nous renvoient pourtant au même constat, à savoir que certains décideurs marocains ont encore du mal à faire confiance aux compétences du pays. Quand ils sont en face d’offres similaires qui se valent techniquement, paradoxalement, il y a toujours un petit penchant pour l’étranger. Ce qui est valable pour nos deux jeunes patrons l’est tout aussi dans d’autres secteurs bien connus comme le BTP, l’ingénierie, les études, le consulting…

Pourtant, à l’image du géant aéronautique, de grandes signatures mondiales dans différents domaines, y compris les plus pointus, se sont bien installées au Maroc et arrivent à y trouver des compétences. Difficilement, certes, mais elles en trouvent. Aujourd’hui, autour des groupements qui réalisent, par exemple, les centrales solaires et les parcs éoliens, se sont développés des écosystèmes composés d’une multitude de PME marocaines qui ont profité du transfert de savoir-faire et qui aujourd’hui peuvent même aller l’exercer en dehors des frontières.

Certes, l’Etat marocain s’est doté d’un dispositif légal pour inciter les investisseurs étrangers à favoriser le transfert technologique et de savoir-faire. Mais tout cela ne servira à rien si, de l’autre côté, les donneurs d’ordres, surtout marocains, ne croient pas dans la compétence locale…