Communication défaillante

Si l’on avait pris la peine d’expliquer les raisons techniques qui ont empêché les MRE de voter comme initialement prévu, peut-être aurait-on évité de nourrir leur rancÅ“ur.

Dans son discours de la Marche verte, le 6 novembre dernier, SM Mohammed VI avait annoncé la représentation des MRE à la Chambre des représentants, la création de circonscriptions électorales à l’étranger, le droit de vote pour les MRE et leurs descendants ainsi que la création d’un Conseil supérieur de la communauté marocaine à l’étranger. Dans son discours du Trône du 31 juillet, le Roi édictait la mise en place, dès 2007, dudit conseil, dans un premier temps. Entre les deux discours, près de neuf mois, et beaucoup de frustration pour nos compatriotes à l’étranger qui, finalement, se sont vu accorder le droit de voter… au Maroc. Un cadeau coûteux.

La colère de nos MRE est légitime, leur argument imparable : le Souverain l’a dit, cela doit être fait, sauf que…
Le nombre de Marocains officiellement installés à l’étranger est de trois millions, auxquels il faut ajouter quelque 600 000 résidents en situation irrégulière. L’organisation d’un vote à l’étranger pose dès lors plusieurs problèmes techniques : insuffisance quantitative des consulats, comme par exemple au Canada où les 100 000 MRE devraient parcourir parfois 1 000 km pour aller voter; problème de découpage des circonscriptions pour les représentants de MRE qui siégeront au Parlement, difficultés logistiques d’acheminement des bulletins… Tout cela avec une contrainte : avoir un code électoral prêt un an avant les élections. Dans un Maroc qui s’est à peine blanchi d’un passé d’élections truquées, le risque de mal faire n’est pas permis. Il y a donc une logique qui fait qu’en neuf mois les choses ont pris une autre tournure.
Maintenant, la question essentielle est : qui est informé de tout cela ? Dans ses communiqués officiels, l’Etat a commencé par se montrer rassurant, pour ensuite garder un silence pesant et, enfin, annoncer laconiquement la mauvaise nouvelle sans autre forme de justification.

C’est là que le bât blesse. Ce n’est pas la première fois que l’Etat omet d’expliquer aux citoyens les raisons d’une décision, alimentant des griefs qui, bien souvent, n’ont pas lieu d’être. Dans le cas du vote des MRE, on a inutilement braqué une partie des Marocains, alors qu’un communiqué franc aurait atténué la rancœur. Encore une fois, c’est un problème de communication qui risque de ternir l’image du Maroc à l’étranger. Les Marocains ont changé, l’appareil étatique garde malheureusement ses vieux réflexes.