Communication à  deux vitesses

L’élite a bénéficié d’une communication particulièrement soignée et la masse, qui fera pencher le vote, s’est abreuvée à  la même source insipide que lors des précédentes
élections.

A voir les programmes présentés par les partis, en vue des législatives du 7 septembre prochain, et les spots télévisés et messages radio avec lesquels ils tentent actuellement d’attirer les électeurs, on est frappé par le contraste existant entre les deux moyens de communication. Autant les programmes, même les moins fournis, séduisent par leur diversité, leur conception simplifiée, leurs idées chiffrées et leur présentation, autant les spots télévisés déçoivent par leur faible niveau d’attractivité.

Dans les partis, on attribue cette dualité marketing au fait que les programmes s’adressent à une élite ayant la capacité intellectuelle de les appréhender alors que les spots visent avant tout la masse. On en convient. Mais on fera remarquer que, justement, c’est cette masse, qui est constituée à 48% de jeunes, qui est analphabète à 53% – auxquels s’ajoutent les 18% qui n’ont pas dépassé le primaire -, c’est cette masse, donc, qui fera la différence le jour du vote. Les spots et messages répondent-ils aux attentes de cette jeunesse ? Il est permis d’en douter. Entre les voix monocordes, les messages dénigrant le gouvernement et l’agressivité des appels au vote pour un symbole ou l’autre, c’est l’effet contraire que l’on risque d’obtenir. Pas de fougue, pas d’idées simples et claires, à croire que la communication en direction de ceux-là même qui feront pencher la balance a été bâclée à la dernière minute. Les partis en sont-ils conscients ?

Ce n’est pas tout. Les médias audiovisuels publics ne se sont pas non plus illustrés par leur créativité en la matière. On aurait par exemple aimé avoir un débat entre représentants de la majorité et de l’opposition, entre grands partis, ou entre partis tout court, sur les thèmes qui intéressent le plus cette masse appelée à voter. Ces thèmes ont pour noms emploi, accès au système de santé, lutte contre la pauvreté et la corruption, enseignement, pouvoir d’achat, insécurité… On aurait aimé avoir des arguments pour pouvoir se faire une idée. On se sera contenté, le plus souvent, des patchworks de couleurs et des annachid glorieux style années 70, et on en gardera l’étrange impression qu’ils se ressemblent tous. Exactement le contraire de ce que l’on voulait avoir cette année.