Combien de divisions ?

Au lieu d’être au-devant de la scène de cette dynamique de changement, d’être les voies de structuration des messages de revendications, les partis s’accrochent aux wagons…

A Winston Churchill qui lui demandait de faire respecter les libertés religieuses en Europe, en 1945, Staline avait répondu par cette formule lapidaire : «Le Pape ! Combien de divisions ?». La phrase est restée célèbre dans les annales de la Seconde Guerre mondiale.

Les partis politiques ! Combien de divisions ? Le parallèle est aujourd’hui tentant. A l’issue des législatives de septembre 2007, qui ont connu le plus faible taux de participation dans l’histoire du Maroc indépendant, 37% seulement des 15,5 millions des Marocains inscrits sur les listes électorales ont voté. Pire, au cours des trois années écoulées depuis, le champ politique s’est délité. Entre ceux dont la base est restée sur sa faim, demandant une sortie du gouvernement qui ne viendra pas, ceux qui ont été bien heureux d’intégrer l’exécutif après une traversée du désert et une majorité dont le seul souci a été de se positionner par rapport au PAM. Loin de nous l’idée de caricaturer et n’en déplaise à ceux qui estiment qu’on peut s’en passer. Les partis constituent l’ossature du gouvernement et celle du Parlement, deux institutions majeures dans un pays moderne, mais c’est justement là que le bât blesse : ils sont devenus des boulets alors qu’ils doivent être les piliers du système institutionnel.

Et ce rôle de piliers, les partis sont plus que jamais appelés à le jouer. Depuis le 20 février, le contexte politique au Maroc est en effervescence. Manifestations appelant à des réformes, discours du Souverain dont les implications vont bouleverser le système institutionnel, re-manifestations… On aurait aimé que les partis politiques soient plus présents et soient des forces de propositions, de canalisation d’une revendication économique, sociale et politique diffuse. Car, entre les slogans, demandant une monarchie parlementaire, ceux  criant aux maires des villes ou au Premier ministre «dégage», ceux appelant à la lutte contre la corruption et l’impunité, ceux hostiles aux concessionnaires délégués et ceux revendiquant de l’emploi, du logement et des services de santé à la hauteur, il y a bien un programme que les partis politiques auraient pu dégager et se faire les porte-voix du changement.

Au lieu de cela, certains se sont murés dans le silence et d’autres ont surfé sur la vague, se joignant aux manifestations, pour tenter de récupérer un électorat qui les a déjà rejetés. Alors qu’ils devraient occuper le terrain, être à l’avant de la scène, ils en sont réduits à s’accrocher aux wagons du changement. Et dire que les élections c’est pour bientôt.