Com’ verrouillée

La facilité avec laquelle le gouvernement pratique le double langage est déconcertante.

La facilité avec laquelle le gouvernement pratique le double langage est déconcertante. On se rappelle que parmi les grands slogans mis en avant par l’actuelle équipe, et particulièrement les ministres PJD, figurait le sacro-saint droit, constitutionnel de surcroît, d’accès à l’information. Et pour donner des preuves tangibles de leurs bonnes et réelles intentions, on a vu comment certains d’entre eux se sont empressés, au nom dudit droit à l’information pour tous, de nous faire de grands numéros notamment avec la publication des fameuses listes. Et après ? Non seulement rien de concret n’a suivi mais, en plus, le gouvernement a tout fait pour que l’accès à l’information soit au contraire de plus en plus difficile, voire impossible.

Informer le citoyen se fait par plusieurs canaux dont les médias évidemment. Or, depuis quelques mois, les patrons de grandes entreprises publiques, par exemple, qui mènent des projets suivis par tous se refusent à fournir la moindre information en redirigeant systématiquement les demandes vers les ministères de tutelle. Pire. Certains de ces hauts responsables ne trouvent aucune gêne à vous expliquer que c’est à la demande de leur ministre qu’ils procèdent ainsi et que c’est lui et lui seul qui est habilité à s’exprimer publiquement et donner des informations après sa validation. Ce verrouillage de l’information, on le retrouve également dans des offices, des établissements publics et même chez certaines associations professionnelles.

Certes, l’on peut comprendre que dans certaines situations, la communication centralisée soit recommandée. Les experts de la com’ reconnaissent tous qu’en situation de crise, par exemple, mieux vaut parler d’une seule voix pour éviter la déperdition de messages importants. On aimerait bien croire que le gouvernement considère que la situation politique et économique actuelle est d’une telle gravité qu’il a décidé de centraliser la communication. Encore faut-il qu’on nous le dise. Mais un dernier incident est venu semer le doute sur les réelles intentions de notre gouvernement. Car comment peut-on expliquer qu’au moment où plusieurs propositions de lois sur le droit d’accès à l’information ont été déposées au Parlement, le gouvernement, lui, a choisi de faire table rase de tout en voulant recommencer par la page blanche ? Ainsi, on devra, à en croire l’Exécutif, commencer par tenir un dialogue national sur la notion de droit d’accès à l’information. Lequel dialogue nécessitera très probablement plusieurs mois, voire plus d’un an. Ce n’est qu’à la suite de ce dialogue et sur la base de ses recommandations que notre cher gouvernement envisagera d’élaborer une première mouture d’un avant-projet de loi qui, elle aussi, nécessitera certainement des mois, voire des années à mûrir. Entre-temps, le citoyen, lui, devra se suffire de slogans.