Cherche élus visionnaires

Ce sera le test décisif pour les partis politiques et pour le Maroc aussi. En septembre prochain, les Marocains ont rendez-vous pour la première fois avec des élections régionales.

Le scrutin, après l’adoption complète de l’arsenal juridique, sera la première pierre que poseront les Marocains dans l’édifice de la régionalisation avancée dans sa nouvelle version. SM le Roi avait lancé le mot d’ordre, il y a seize ans de cela, dans un discours prononcé

le 12 octobre 1999 devant un parterre de hauts fonctionnaires de l’administration territoriale et d’élus. Nous y voilà donc. Mais pour que les citoyens soient au rendez-vous, tout ou presque dépendra des partis politiques. Si ces derniers ne donnent pas les preuves tangibles qu’ils ont réellement changé leurs méthodes, leur discours, leur mode de gouvernance et leur mentalité, on aura fait tout cela pour rien. Dans son discours du 10 octobre à l’ouverture de la session parlementaire d’automne, le Souverain avait clairement mis la clase politique devant ses responsabilités et elle ne peut pas dire qu’elle n’a pas eu suffisamment de temps pour s’y préparer.

D’année en année, depuis 1999, S.M. le Roi, au fil de ses discours et de son action au quotidien sur le terrain, n’a cessé de montrer à chaque fois la voie à suivre par la parole et par le geste. Travailler sur le long terme, en s’attaquant à l’origine des problèmes tout en ne perdant pas de vue les urgences et priorités du moment. L’exercice n’est pas facile. Pour la classe politique, il l’est encore moins dans la mesure où les agendas des partis sont rythmés par les mandats alors que ce qu’on leur demande aujourd’hui c’est justement de dépasser le cadre exigu d’un mandat de 5 ou 7 ans pour travailler sur des horizons de 10, 15, voire 20 ans.

Ce sera particulièrement le cas en cette année 2015 et dans les années à venir, dans la mesure où, en plus de la régionalisation, le Maroc attaquera sérieusement à partir de cette année la grande réforme de l’enseignement. Cette réforme se fera très probablement sur plus d’une décennie et ne donnera pas ses premiers fruits avant 10 ou 15 ans, voire plus. D’ailleurs, dans un de ses tout premiers discours, le troisième précisément et, heureuse coïncidence, devant les parlementaires en octobre 1999, le Souverain y avait consacré une bonne partie à la question de l’enseignement.

Nos partis ont-ils préparé de nouvelles élites capables de se projeter dans les décennies à venir, de s’extraire des contraintes du moment et petits calculs politiques pour construire durablement le Maroc que nous laisserons à nos enfants et aux générations futures?