Cet «attachement indéfectible»

Le Maroc ne voit dans les MRE que les 43 milliards de DH de devises. Il ne voit
pas ces investisseurs qui pourraient accompagner «Emergence», ces
personnes influentes qui sauraient faire du lobbying en faveur du dossier du
Sahara…

Combien de Marocains résidents à l’étranger ? Aux dernières statistiques, qui remontent à fin 2004, ils étaient trois millions à constituer cet ensemble hétéroclite que le Royaume désigne communément sous le vocable de MRE. Trois millions ! c’est un peu plus de 10% de la population légale vivant à l’intérieur des frontières.Cela, peu de gens le savent. Beaucoup moins nombreux que ceux à qui on répète à longueur de journaux télévisés que les MRE ont rapporté au pays l’équivalent de 43 milliards de DH en devises.

En fait, on sait peu, trop peu de choses sur nos MRE. Au commencement de l’été, les télévisions nationales se gargarisent de l’afflux massif (un afflux ne peut qu’être massif sur la TVM et 2M) de nos chers «facancyias». «Oh, 2 millions sont rentrés au pays», «7,68% de plus qu’il y a un an»… «joie et liesse, nos MRE nous aiment».

Toute la dimension des MRE est encore aujourd’hui regardée à travers le prisme des recettes. Certes, ils ont enfin eu le droit – à l’initiative du Roi, rappelons-le -, de participer aux élections ; certes, ils ont fait l’objet d’un ciblage particulier en matière de tourisme ; certes, encore, une logistique d’accueil de plus en plus sophistiquée est déployée pour leur retour ; mais est-ce suffisant ?

Savons-nous seulement de quoi, de qui, ce magma que l’on appelle MRE est constitué ? Avons-nous une étude détaillée de leur répartition par âge, sexe et catégorie socio-professionnelle ? NON.

Saviez-vous qu’un Marocain est DG d’une grande banque en France, qu’un autre est une sommité en matière de télécoms au Canada ? Ou qu’un jeune de 32 ans prépare un doctorat en nanotechnologies aux Etats-Unis ? NON.

La vérité est que le Maroc, qui s’échine à lancer son plan «Emergence», à soigner son image à l’étranger, à faire du marketing pour son dossier Sahara, ne profite pas de ces relais. Que d’investisseurs potentiels aimeraient qu’on leur déroule le tapis rouge comme on le fait aux grands groupes français ou espagnols ! Que de personnes influentes au sein de la société civile à l’étranger se feraient un plaisir d’être les porte-parole d’une bonne cause pour peu que le Maroc soit pro-actif !

Est-il pro-actif ? Assurément non, le Maroc n’a pas de stratégie, pas de vision concernant cette population à qui il donne la citoyenneté de facto mais qui n’a de citoyen que «l’attachement indéfectible à la patrie bien-aimée» dans un JT de 20 h, un soir d’été.