C’est pas nous, c’est les autres

Tourner le dos à  des engagements pris par
le précédent gouvernement est
de nature à  susciter
des inquiétudes au sein
du monde des affaires.

Il y a manifestement un problème de cohérence dans l’attitude adoptée par le gouvernement concernant la restitution par l’industrie des boissons de la subvention sur le sucre. Après avoir obtenu du gouvernement Jettou la promesse de se voir exemptés de la restitution de ladite taxe, les voilà  qui déchantent. Le gouvernement El Fassi leur demande de passer à  la caisse.

Certes, le raisonnement du gouvernement se tient, même si les motifs qui le sous-tendent sont d’ordre plus terre à  terre. Officiellement donc, le nouveau gouvernement estime que l’industrie n’a pas à  profiter de la subvention du sucre, qu’il n’a pas à  tenir des promesses que le gouvernement précédent n’a pas concrétisées l’été dernier alors qu’il en avait la latitude, et que la loi étant là , il faut l’appliquer. Derrière ces arguments – imparables, il faut le dire -, c’est aussi et surtout le souci de l’Etat, qui doit trouver des sous pour les 26 milliards de DH de compensation (et non 20 milliards comme budgétisé), de ne pas faire l’impasse sur 130 MDH de recettes prévues au titre de l’année 2007.

Disons-le clairement, l’Etat est dans son droit. Il reste que, aussi bien sur la forme que sur le fond, il y a des choses à  dire. Sur la forme, il est relativement inélégant de laisser la Caisse de compensation venir réclamer les sous en se réfugiant derrière la loi. L’industrie des boissons a eu des contacts, des échanges de points de vue, des engagements verbaux avec des responsables ministériels. Un tel revirement est de nature à  susciter des inquiétudes au sein du monde des affaires.

Sur le fond, là  encore, l’argument est discutable. Si, par principe, la subvention ne devrait profiter qu’aux populations ciblées, les industries, dont le sucre représente une consommation intermédiaire, devraient avoir le choix entre consommer du sucre fini produit localement ou importer sans droits de douane puisque la production locale de matières premières (betterave, canne à  sucre), ne servant à  produire que la moitié de nos besoins en sucre, est totalement écoulée. Les agriculteurs étant protégés, les consommateurs étant assurés d’un prix bas, laisser l’industrie importer librement, et à  ses risques et périls, ses 65 000 tonnes ne devrait causer de tort à  personneÂ… sauf à  la Caisse de compensation. Une histoire de sous, finalement ?