Ce consensus qui tue

Droit de grève, IPE, droit syndical… depuis le temps qu’on en parle ! Si la concertation est sûrement un moyen civilisé d’approcher les problèmes, le consensus est souvent celui qui les fait durer.

Il y a des réformes qui sont dans les tuyaux depuis de nombreuses années. Elles ont fait l’objet de débats, d’études, mais elles peinent à sortir des tiroirs ! Bien sûr, une réforme doit mûrir, prendre le temps qu’il faut, mais une réforme qui tarde trop à se concrétiser, n’est-ce pas une réforme qui devient plus compliquée à mesure que le temps passe ! Il en va parfois des réformes comme des pathologies : à trop tarder à administrer la thérapie, on se condamne au remède de cheval.

Réforme des retraites, mise en place de l’indemnité pour perte d’emploi (IPE), droit syndical, droit de grève…La liste est longue des projets déjà bien ficelés et qui, devant chaque difficulté, sont mis sous le boisseau ; comme si l’on attendait qu’un événement fortuit survienne pour débloquer la situation ; ou qu’une nouvelle majorité arrive pour s’en occuper !

Les retraites ? Un chantier qu’il faut prendre rapidement à bras-le-corps, disait-on il y a déjà quelques années. A moins de deux ans de l’entrée de la CMR – pour prendre cet exemple – dans un cycle de déficits et à huit ans de l’épuisement de ses réserves, rien n’est encore fait, si ce n’est ce diagnostic-là. On peut toujours rétorquer que la situation est loin d’égaler celle par exemple de la France qui entame à peine sa réforme des retraites alors même que ses comptes sociaux sont déjà noyés dans des déficits abyssaux. Mais les deux économies, est-ce vraiment besoin de le rappeler, ne sont nullement comparables, et la capacité contributive des Français n’est évidemment pas la même que celle des Marocains.

Idem pour l’IPE : tout le monde est d’accord pour son instauration, personne ne se dépêche d’y parvenir. Le monde syndical part en vrille, donnant lieu à une constellation d’organisations aussi chétives que peu représentatives, et pourtant le texte qui ambitionne d’y mettre de l’ordre risque de jaunir comme celui sur la grève qui en est à sa énième mouture.

C’est que, dans tous ces cas, comme dans bien d’autres, celui qui est censé jouer le chef d’orchestre, donner le tempo, c’est-à-dire l’Exécutif pour ne pas le nommer, semble paralysé par une recherche éperdue du consensus. Mais le consensus est une chose et la concertation en est une autre. Si la concertation est sûrement un moyen civilisé d’approcher les problèmes, le consensus est souvent celui qui les fait durer.